"Ce pays n'a rien appris" : le Liban, entre effroi et colère, après l'incendie au port de Beyrouth

"Ce pays n'a rien appris" : le Liban, entre effroi et colère, après l'incendie au port de Beyrouth
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TÉMOIGNAGES - Cinq semaines après la double explosion meurtrière qui a vitrifié la capitale libanaise, un gigantesque incendie s'est déclaré, jeudi 10 septembre, au port de Beyrouth. Un feu qui a ravivé le traumatisme d'une ville en deuil, provoquant la panique et l'indignation parmi les Libanais, encore sous le choc.

a suffit !" Deux mots qui témoignent du désarroi et de la colère des Libanais. Le 4 août dernier, une double explosion meurtrière détruisait le port de Beyrouth, faisant 192 morts et 6500 blessés et laissant une large partie de la capitale sinistrée. Un peu plus d'un mois après ce drame, un énorme incendie s'est déclaré, jeudi 10 septembre, non loin du lieu où s'était produite l'explosion, cinq semaines plus tôt. D'épaisses colonnes de fumée noire étaient visibles à plusieurs kilomètres à la ronde. L'armée libanaise a indiqué que le gigantesque brasier a touché "un entrepôt où sont stockés des bidons d'huile et des roues de voiture".

"On était en train de travailler, et soudain il y a eu des cris, pour nous dire de sortir", a raconté Haitham, un des employés de l'entrepôt endommagé. "Il y avait des travaux de soudure en cours, puis les flammes se sont déclarées, on ne sait pas ce qu'il s'est passé". Selon des "informations préliminaires", des "réparations" étaient menées avec une scie électrique, dont les "étincelles" ont entraîné "le déclenchement d'un incendie", a annoncé le ministre des Transports et des Travaux publics Michel Najjar. "L'incendie d'aujourd'hui pourrait être un acte de sabotage intentionnel, ou le résultat d'une erreur technique (...) ou d'une négligence", a indiqué le président Michel Aoun, précisant que "les responsables (devront) rendre des comptes".

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Craignant de revivre le scénario catastrophe du mois d'août, les employés du port et les habitants des quartiers environnants, encore traumatisés, ont déserté les lieux dans la panique. "C'est un spectacle effrayant et incompréhensible", a décrit sur Twitter Arthur Sarradin, journaliste et réalisateur présent à Beyrouth, ajoutant que "l'immense fumée terrifie (ses) voisins".

En quelques minutes, les images des flammes et de l'impressionnant panache ont inondé les réseaux sociaux. "C'est incroyable de revoir ça... ça fait seulement cinq semaines depuis la double explosion", s'est insurgée Larissa Aoun, reportrice pour Sky dans la région. "Nous négligeons nos vies... nous vivons dans l'horreur." "Le cauchemar continue !" s'est écrié un internaute. "Tout le monde panique", a commenté Liz Sly, correspondante du Washington Post dans la capitale libanaise.

Une farce pourrie représentant les dirigeants du pays- Un internaute libanais sur Twitter

À l'affolement et la peur se sont vite joints l'exaspération et la rancœur. Dans les ruines encore fumantes du port de Beyrouth, l'une des zones les plus sensibles du pays, au milieu d'immeubles éventrés, il s'agit du deuxième incendie en quelques jours. Mercredi 9 septembre, des monticules de déchets, de bois et de pneus avaient déjà pris feu. "Ce pays n'a rien appris et rien n'a changé depuis le moment de l'explosion", a déploré Imad Bazzi, qui se décrit comme "un activiste primé et expert en plaidoyer". 

Car après ce nouvel incident, c'est bien la classe politique, accusée de corruption et d'incompétence, contestée par la rue et déjà jugée responsable du drame du 4 août, qui est mise en cause. "Au Liban, les événements sont rejoués deux fois. Une fois comme une grande tragédie, l'autre fois comme une farce pourrie représentant les dirigeants du pays", a fustigé un internaute. 

Des élus de la nation sont montés au créneau, allant même jusqu'à imaginer une tentative du pouvoir d'enterrer d'éventuelles preuves en lien avec la catastrophe du mois d'août. "Si le feu aujourd'hui a été provoqué, c'est indéniablement pour dissimuler quelque chose (...), empêcher les enquêteurs de procéder à des analyses et de recueillir davantage de preuves", a écrit le député Neemat Frem, alors que les autorités libanaises rejettent toujours toute enquête internationale sur la double explosion. 

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En attendant, "Beyrouth devra vivre avec toute cette pollution, encore une fois, comme si cette ville n'avait pas été suffisamment détruite, endommagée et polluée. (Les dirigeants) tuent lentement tous les sentiments d'amour et d'appartenance que quiconque a pour le Liban", a blâmé la journaliste Luna Safwan. "Le gouvernement libanais n'est pas simplement incompétent. Ils sont absolument calleux et sociopathes, ils se foutent que ce soit la deuxième fois cette semaine qu'ils re-traumatisent une ville entière, sans avertissement", s'est emporté un internaute libanais. Un traumatisme symbolisé par la vidéo d'un petit garçon apeuré par la fumée et voulant fuir  dans les montagnes "pour ne pas mourir". À Beyrouth, le retour à la vie normale prendra du temps.

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