Tensions avec la Turquie : pourquoi la France marche sur des oeufs en aidant les Kurdes

Tensions avec la Turquie : pourquoi la France marche sur des oeufs en aidant les Kurdes

DIPLOMATIE - Le président français a reçu jeudi une délégation des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), les assurant du "soutien de la France". Un soutien dont l'annonce a suscité un imbroglio, et même des menaces de la part de la Turquie, preuve de la partition délicate de l'Elysée dans la région.

C'est un modèle de langage diplomatique : le PKK qualifié de "groupe terroriste", la main tendue à la Turquie et le soutien réitéré aux Forces Démocratiques syriennes (FDS) qui se battent contre Daech... Le communiqué publié jeudi par l'Elysée à l'issue d'une rencontre entre Emmanuel Macron et une délégation arabo-kurde semblait soigner toutes les sensibilités. Seulement voilà : une représentante kurde a annoncé que la France allait envoyer des soldats à Minbej, prochaine ville que le président Erdogan menace d'attaquer au nord de la Syrie. L'Elysée n'avait pas le temps de démentir que, déjà, Ankara avertissait Paris que les soldats français pourraient être pris pour cible le cas échéant. Une guerre des mots qui illustre la complexité du dossier pour l'Elysée, obligé de jongler entre différents objectifs.

Ne pas lâcher l'allié kurde

Depuis la création de la coalition arabo-occidentale en 2014, les Kurdes sont soutenus par la France. Un soutien sous forme de renseignements et de formations dispensés par des forces spéciales présentes dans le nord de la Syrie. La France reste très discrète sur le volume déployé et leurs missions. Seule certitude : ces hommes étaient présents aux côtés des FDS durant la libération de Mossoul en juillet dernier. Sauf que, depuis cette victoire, le vent a tourné pour ces forces arabo-kurdes : il y a une dizaine de jours, ils ont ainsi enragé d'avoir été "abandonnés" par leurs alliés occidentaux face aux Turcs à Afrine et dénoncent un "nettoyage ethnique" auquel le monde assiste "en spectateur". Une situation qui a probablement influencé l'Elysée à sortir de sa réserve jeudi, selon Frédéric Tissot. Contacté par LCI, l'ancien consul général de France à Erbil (la capitale de la région autonome du Kurdistan) l'assure : "Les Kurdes attendaient qu'Emmanuel Macron se positionne clairement. Il n'y avait pas eu de réaction forte au moment de l'entrée de l'armée turque dans Afrine. 

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Afrin : la Turquie bombarde sans relâche les Kurdes

Ne pas froisser la Turquie

Si le communiqué de l'Elysée prend autant de précaution à l'égard d'Ankara, c'est que le président turc est un acteur incontournable du conflit syrien. Un acteur avec lequel le courant passe de moins en moins : la Turquie menace avec insistance d'élargir son opération militaire contre les YPG, mais plusieurs pays, dont la France et les Etats-Unis, estiment que l'offensive d'Ankara contre la milice kurde affaiblit par ricochet la lutte contre Daech. Bien qu'abhorrées par Ankara, les FDS sont en effet le fer de lance sur le terrain en Syrie de la Coalition internationale, emmenée par les Etats-Unis, contre Daech. Elles ont largement contribué à la défaite des djihadistes dans leur fief syrien de Raqa.

"Pour l'instant, la coalition parvient à contenir Erdogan depuis de le début du conflit, estime Frédéric Tissot. François Hollande le savait, Macron le sait : la Turquie veut aller plus loin pour récupérer des territoires qu'elle considère comme appartenant à l'empire ottoman." Et l'enseignant à Sciences Po de mettre en garde : "Sa manière de diriger son pays, comment il traite son armée, la justice, les journalistes…Quand il n'y a personne pour l'arrêter, on voit comment agit Erdogan. Et je ne parle même pas de la crise migratoire." Avec plus de deux millions de réfugiés en grande partie syriens qui s'entassent en Turquie, Ankara dispose en effet d'un puissant moyen de pression sur les pays européens qui composent la coalition.

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Anticiper le départ américain de Syrie

Si la France a réitéré ce vendredi son soutien aux FDS, c'est aussi car, au même moment, Donald Trump prenait ses distances avec le conflit. Un conflit dans lequel les forces spéciales américaines se battent aux côtés des Kurdes."On va quitter la Syrie très vite", "vraiment très bientôt", a estimé le chef de l'Etat américain. Avant d'ajouter : "On va rentrer au pays, chez nous, où nous voulons être".

Poursuivre la lutte contre Daech

Dans le communiqué publié jeudi soir, Emmanuel Macron "a rendu hommage aux sacrifices et au rôle déterminant des FDS dans la lutte contre Daech". Une lutte que la France ne peut poursuivre sans l'appui des forces kurdes. Problème : depuis l'offensive turque, les combattants kurdes se sont détournés du front contre les djihadistes.  "Nous avons dû transférer des milliers de nos combattants depuis les fronts de Deir Ezzor vers la région d’Afrin", a confirmé à France Info Kino Gabriel, porte-parole des FDS. 

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