Libye : qui est le maréchal Haftar, ce va-t-en-guerre de 75 ans à la conquête de Tripoli ?

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PORTRAIT - L'armée du maréchal Khalifa Haftar a affirmé dimanche avoir mené un premier raid aérien en banlieue même de Tripoli. C'est là, dans la capitale contrôlée par un gouvernement nationale, que l'homme fort de l'est libyen tente de prendre le pouvoir après plusieurs succès militaires dans l'est et le sud du pays.

"Sauveur" de la Libye pour ses proches, instigateur de coups d'Etat pour ses détracteurs : le maréchal Khalifa Haftar est un acteur incontournable de la crise libyenne depuis plusieurs années. Une crise dont il écrit ces jours-ci un nouveau chapitre, ses forces étant engagées dans une offensive pour prendre la capitale  Tripoli. 


Après quatre jours, le bilan est lourd : au moins 21 morts côté gouvernement d'union nationale, 14 dans les rangs du maréchal. Pas sûr que cela suffise à calmer ses ardeurs de ce va-t-en-guerre en quête de pouvoir. Originaire de Cyrénaïque, Khalifa Haftar est sorti de l'ombre au début de la révolte contre le régime de Mouammar Kadhafi en 2011 à laquelle il a pris part. 

Quatre décennies plus tôt, ce soldat formé dans l'ancienne Union soviétique, avait adhéré au coup d'Etat militaire de 1969 qui avait renversé la monarchie des Senoussi et mené Kadhafi au pouvoir.

Soutien militaire de pays étrangers

Il participe à la guerre tchado-libyenne (1978-1987) à la tête d'une unité mais est fait prisonnier à Ouadi Doum, sur la bande d'Aouzou, à la frontière du Tchad. Il est alors lâché par Kadhafi, qui affirme que le général ne fait pas partie de son armée. Les Américains parviennent à le libérer de prison lors d'une opération qui reste aujourd'hui encore une énigme, et lui accordent l'asile politique. Aux Etats-Unis, il rejoint le mouvement de l'opposition libyenne. Après plus de vingt ans d'exil, Khalifa Haftar retourne en mars 2011 à Benghazi. Peu après la chute de Kadhafi tué en octobre 2011, environ 150 officiers et sous-officiers le proclament chef d'état-major, une nomination jamais officialisée.


Selon ses détracteurs, cet homme de 75 ans doit ses succès militaires au soutien, non déclaré, de pays étrangers. Parmi eux : les Emirats arabes unis, l'Egypte ou encore la France et plus récemment l'Arabie saoudite. Sa reprise du sud du pays fait partie de ces succès : bête noire des islamistes, le maréchal a réussi en 2017 à mettre la main sur la région orientale après une opération déclenchée en 2014 et baptisée "Dignité", contre les groupes djihadistes à Benghazi, la grande ville de l'est.


Plusieurs officiers de la région orientale rallient alors sa force paramilitaire, autoproclamée "Armée nationale libyenne" (ANL) qui réussit à prendre le contrôle de Benghazi. Pour réaffirmer son statut d'homme fort, il annonce ensuite une offensive contre Derna, seule ville qui échappait à son contrôle en Cyrénaïque. Fin juin 2018, il annonce sa "libération" des groupes radicaux. Et en janvier dernier, il lance une opération pour conquérir le sud désertique riche en pétrole et s'empare sans combats de Sebha, chef-lieu du Sud, et d'un important champ pétrolier. Des victoires qui, peut-être, lui ont donné des ailes, le poussant à mettre le cap sur Tripoli ces derniers jours. 

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