Tensions entre Hong-Kong et la Chine : la crise (re)pointe le bout de son nez

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CRISPATIONS – La Chine a interdit lundi l’entrée de deux indépendantistes au Parlement de Hong-Kong, suscitant la colère d’une partie de la population. De quoi faire craindre une nouvelle crise, deux ans après la "révolte des parapluies" ?

Beaucoup y voit une nouvelle preuve d’ingérence. Dans une rare interprétation de la Loi fondamentale hongkongaise, la Chine a interdit lundi à deux députés indépendantistes de Hong-Kong d'entrer au parlement de l'ex-colonie britannique. Leur tort : avoir défié l’autorité de Pékin, notamment en se drapant dans une bannière proclamant que "Hong-Kong n'est pas la Chine" au moment de leur prestation de serment. 

Alors que pro- et anti-Pékin affichent plus que jamais leurs divergences, cette décision fait craindre un regain de tension, deux ans après la "révolte des parapluies" qui avait paralysé le pays durant de longues semaines. Anticipant l’annonce des autorités chinoises, plusieurs milliers de personnes avaient manifesté dès  dimanche pour apporter leur soutien aux deux parlementaires, Baggio Leung et Yau Wai-ching. 

Une ville divisée et plutôt tournée vers les affaires

"Le problème de Hong-Kong, c’est que la ville est divisée en deux 'clans' : ceux qui veulent faire du business et ceux qui espèrent se détacher de la Chine", explique à LCI Jean-Vincent Brisset, chercheur à l’IRIS.

Selon lui, les contestataires ont peu de chances de voir leur mouvement prendre de l’ampleur.  "À chaque fois que des manifestations anti-Pékin ont éclaté, il y a eu des réactions de défiance de la part de ceux qui souhaitent seulement faire du business. Et ceux-là  se fichent pas mal de ce que peut faire la Chine", poursuit-il. "La révolte des parapluies a par exemple été un moment affreux pour les petits commerçants. Ils ont y perdu beaucoup d’argent et ne veulent pas revivre cela."

Quoi qu'il en soit, "Pékin gère la situation" et "n’est pas très intéressé par un renforcement de sa mainmise", ajoute Jean-Vincent Brissent, soulignant que l’Empire du Milieu cherche plutôt "à susciter de la protestation pour faire sortir les 'loups du bois' et ainsi savoir quel est le rôle de chacun".

Des anti-Pékin de plus en plus inquiets

Pour beaucoup d'observateurs cependant, Hong-Kong n'a jamais subi un tel rapport de forces avec la Chine depuis sa rétrocession par le Royaume-Uni en 1997. Et pour cause : ce n'est que la cinquième fois en 19 ans que la Pékin interprète la Constitution hongkongaise. 

Nombre de Hongkongais ont d’ailleurs le sentiment que les libertés inscrites dans la loi fondamentale de l’ancienne colonie s'érodent et que leur puissant voisin renforce son emprise, même indirecte, sur le territoire. Dans leur viseur : le chef du gouvernement Leung Chun-ying, considéré comme la marionnette de Pékin.  "Hong Kong a son propre système légal et ne doit pas être contrôlé par les autorités chinoises", a fait savoir dimanche l’un des manifestants. "Nous devons dire au gouvernement notre mécontentement."

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