Tensions entre l'Ukraine et la Russie : "Un conflit armé est peu probable mais ne peut être exclu"

Des forces armées ukrainiennes dans le Donbass, 18 avril 2021

INTERVIEW - Politiste et spécialiste de l'Ukraine et de la Biélorussie, Alexandra Goujon nous apporte son éclairage sur la situation tendue entre l'Ukraine et la Russie ces derniers jours.

La tension monte entre l'Ukraine et la Russie. Elle va crescendo depuis plusieurs semaines, l’Ukraine accusant Moscou de vouloir l’envahir et la Russie soupçonnant Kiev de préparer une offensive contre les séparatistes prorusses dans le Donbass (à l'est de l'Ukraine). Ainsi, les incidents se multiplient entre les Ukrainiens et les séparatistes prorusses, tandis que des dizaines de milliers de soldats russes se sont amassés à la frontière la semaine dernière, laissant craindre une opération militaire importante.

Les deux pays, en conflit depuis l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014 et les affrontements dans le Donbass, responsables de plus de 13.000 morts, se renvoient la responsabilité de cette escalade. Moscou accuse Kiev de "provocations" et l'Otan d'actes "menaçants". L'Ukraine affirme de son côté que la Russie veut sa "destruction" et réclame la protection de l'Otan, ligne rouge pour Moscou. Alexandra Goujon, experte de l'Ukraine, maîtresse de conférences en science politique à l'université de Bourgogne et enseignante à Sciences Po Paris Dijon, a répondu aux questions de LCI.

Un tel regroupement de soldats à la frontière ukrainienne est-il inédit ?

Alexandra Goujon - On parle de 100.000 soldats, un chiffre contesté par les Américains, mais donné par les Européens. Les deux alliés occidentaux sont d'accord pour dire que l'on n'a pas vu autant de troupes depuis 2014 et le début du conflit. C'est beaucoup plus important que ce qu'on avait vu ces dernières années.

Quelles sont les raisons de cette escalade ?

Elle sont à la fois externes et internes à l'Ukraine. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a essayé de relancer les négociations de paix avec un sommet au "format Normandie" (NDLR : configuration diplomatique entre la Russie et l'Ukraine, l'Allemagne et la France) en 2019. Ensuite, il y a eu un cessez-le-feu en juillet 2020. Mais depuis l'automne 2020, les négociations sont au point mort, notamment car les Russes ne veulent pas démilitariser cette zone avant un certain temps. Face à cela, le président Zelensky a décidé de se montrer plus ferme et de s'attaquer à la propagande russe en Ukraine, en fermant trois chaînes de télévision détenues par un oligarque prorusse. 

Quelles sont les objectifs de la Russie ?

Ils ne sont pas très clairs et les interprétations sont diverses. Certains experts, plutôt alarmistes, parlent d'une vraie possibilité de relancer la guerre dans le Donbass. D'autres évoquent une pression de la Russie sur l'Ukraine elle-même et par ricochet sur les Occidentaux.

Cela se passe à un moment où le président américain Joe Biden est plus engagé contre la Russie, considère Poutine comme un "tueur", sans parler des sanctions américaines et européennes contre le pays. Ce que ne veut pas Poutine, en fait, c'est une intégration de l'Ukraine dans l'Otan et dans l'Union européenne, car l'Otan serait alors aux portes de la Russie. Et depuis 2018, ce sont les priorités de politique étrangère inscrites dans la constitution ukrainienne. Enfin, il y a le durcissement du régime russe, et une volonté de remobiliser la rhétorique anti-ukrainienne et le nationalisme russe, très présents en 2014.

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Faut-il redouter un conflit armé ?

Le conflit n'a en fait jamais cessé. Si on dit que le dernier cessez-le-feu a bien été respecté, il y a toujours eu des mouvements des deux côtés de la ligne de contact. Depuis fin février, le nombre de morts a augmenté, notamment du côté ukrainien. Ce n'est pas un conflit gelé (inactif ou figé). Il pourrait se transformer en conflit beaucoup plus actif, c'est un scénario peu probable mais qu'il ne faut pas exclure.

Que penser du rapprochement de l'Ukraine avec la Turquie, qui fournit des drones aux Ukrainiens notamment ?

D'abord, il y a un objectif régional : la Turquie est un des États qui bornent la Mer Noire, donc la Turquie n'a aucun intérêt à ce que la Russie prenne de la place en Mer Noire. Aussi, les relations Russie-Turquie sont compliquées, la Turquie est dans l'Otan, et le rapprochement avec Moscou avait agacé l'Otan… C'est un moyen pour la Turquie d'affirmer sa puissance dans la région et de montrer à l'Otan et au reste du monde qu'elle ne se fera pas dicter sa conduite par la Russie.

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