Tensions entre la Chine et l'Inde : pourquoi ces affrontements dans l'Himalaya

Tensions entre la Chine et l'Inde : pourquoi ces affrontements dans l'Himalaya
International

CONFLIT - Au moins trois soldats indiens ont péri dans une "confrontation violente" avec l'armée chinoise sur la frontière disputée au Ladakh, une région isolée du nord. Du jamais vu depuis 45 ans entre les deux géants asiatiques.

Au moins trois morts au cours de violents corps à corps : après plusieurs semaines de tensions, le bras de fer entre l'Inde et la Chine a pris une tournure nouvelle ce lundi au Ladakh. Cette région frontalière est en effet vivement disputée par les deux géants asiatiques, chacun d'entre eux estimant que le "Petit Tibet" se situe sur son sol. 

"Une confrontation violente s'est produite la nuit dernière et a fait des victimes des deux côtés", a déclaré mardi un porte-parole de l'armée indienne, déplorant la mort d'un officier et de deux soldats du côté indien. Pour sa part, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré à la presse que "des troupes indiennes ont gravement violé le 15 juin le consensus bilatéral et franchi la frontière à deux reprises, avant de se livrer à des activités illégales et de provoquer et d'attaquer des soldats chinois, avec pour résultat une grave confrontation physique".

Une crise solidement ancrée

Si les deux camps ont eu l'occasion de s'affronter directement, c'est que leurs troupes étaient en mouvement, à la faveur d'un processus de désengagement militaire. Négocié ces jours-ci, ce dernier devait permettre de retirer progressivement les milliers de militaires qui, depuis le début du mois de mai, se sont massés dans la région. Non sans heurts : des affrontements à coups de poing, pierres et bâtons avaient opposé des militaires des deux pays dans la région du Sikkim (est de l'Inde). Ces incidents avaient fait plusieurs blessés. 

Si elle s'est accentuée ces dernières heures, la crise entre les deux pays n'en demeure pas moins solidement ancrée depuis des décennies. L'Inde et la Chine ont en effet plusieurs litiges territoriaux de longue date, dans les secteurs du Ladakh (ouest) et de l'Arunachal Pradesh (est). Pékin et New Delhi ne s'accordent même pas sur la longueur de leur frontière commune, chacun ayant des revendications territoriales différentes. L'Inde donne le chiffre officiel de 3.500 kilomètres tandis que les médias chinois utilisent pour leur part le chiffre de 2.000 kilomètres.

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Des confrontations plus fréquentes ces dernières années

Les deux pays se sont affrontés dans une guerre-éclair en 1962, qui avait vu les soldats indiens rapidement défaits par les troupes chinoises, mais n'ont eu aucun conflit armé depuis cette date. Nulle balle n'a d'ailleurs été tirée au-dessus de la frontière disputée depuis 1975. Néanmoins les confrontations dans des zones montagneuses entre armées indienne et chinoise sont devenues plus fréquentes ces dernières années : en 2017, soldats indiens et chinois ont passé plus de deux mois à se confronter les yeux dans les yeux sur un plateau himalayen stratégique dans la région du Bhoutan. Des pourparlers avaient mené à un désengagement militaire des deux parties. Avant ce nouveau regain de tensions qui, une nouvelle fois, s'explique par des litiges territoriaux. Mais pas que.

Des analystes estiment en effet que la construction de nouvelles routes par l'Inde près de la ligne de contrôle effectif ("Lign of Actual Control", LAC), démarcation au Ladakh entre les deux pays, peut avoir irrité la Chine. Selon le groupe de réflexion américain Institute of Peace, les tensions actuelles seraient liées à la rivalité de l'Inde avec le Pakistan, allié de la Chine : "Du point de vue indien, l'agression de la Chine est vue comme soutenant les tentatives du Pakistan de contester les frontières avec l'Inde dans cette région explosive."

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