Tentative de coup d'État en Guinée : ce qu'on sait de la situation à Conakry

Tentative de coup d'État en Guinée : ce qu'on sait de la situation à Conakry

COUP D'ÉTAT - Les putschistes guinéens, qui ont capturé le président Alpha Condé, ont tenté de rassurer ce lundi les partenaires et investisseurs étrangers ainsi que leurs concitoyens lors d'une première apparition publique. LCI fait le point sur la situation.

Ce lundi 6 septembre, au lendemain d'un putsch éclair, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya a promis l'installation d'un "gouvernement d'union nationale" chargé de conduire une "transition" politique. Ce gouvernement sera issu d'une "concertation" dont il n'a pas précisé les modalités, pas plus que la durée de la "transition". Le commandant des forces spéciales s'adressait en uniforme aux anciens ministres et présidents des grandes institutions, sommés d'honorer ce rendez-vous sous une vaste tente à l'extérieur au Palais du peuple, siège du Parlement, sous peine d'être considérés en état de "rébellion".

Couvre-feu dans tout le pays

Dans la soirée de dimanche, les officiers des forces spéciales qui ont capturé le président Alpha Condé avaient annoncé l'instauration d'un couvre-feu dans tout le pays "jusqu'à nouvel ordre" ainsi que le remplacement des gouverneurs et préfets par des militaires dans les régions. Résultat, ce lundi : la capitale, habituellement bouillonnante, s'est réveillée avec nombre de magasins fermés, tandis que le palais présidentiel et les accès au centre-ville étaient surveillés par des soldats armés.

 

Dans une première vidéo transmise dimanche à un correspondant de l’AFP, les forces spéciales guinéennes avaient déclaré avoir "pris" le président et qu'elles allaient "dissoudre les institutions". "Nous avons décidé après avoir pris le président, qui est actuellement avec nous [...] de dissoudre la Constitution en vigueur, de dissoudre les institutions ; nous avons décidé aussi de dissoudre le gouvernement et la fermeture des frontières terrestres et aériennes", disait l'un des putschistes en uniforme et en armes dans cette déclaration qui a aussi abondamment circulé sur les réseaux sociaux, et dont le correspondant de l'AFP a confirmé la provenance.

Les putschistes avaient diffusé une vidéo du président Condé entre leurs mains qui le montre calme, mais défait, en jeans et chemise ouverte dans un canapé. Les putschistes ont assuré qu'il était en bonne santé et bien traité.

Signe de la confusion de la situation, le match qui devait avoir lieu entre la Guinée et le Maroc a été reporté "afin d'assurer la sécurité et la sûreté des joueurs et de protéger tous les officiels du match", a fait savoir dimanche en fin d'après-midi la Confédération africaine de football (CAF) dans un communiqué cité par l'agence de presse marocaine MAP. La sélection du Maroc est "en sécurité", a indiqué un responsable marocain. Les Lions de l'Atlas "se trouvent actuellement dans un hôtel un peu loin de la zone de tensions"

Un contexte marqué par des mois de tensions

Depuis des mois, ce pays d’Afrique de l’Ouest parmi les plus pauvres du monde malgré des ressources minières et hydrologiques considérables est en proie à une profonde crise politique et économique, aggravée par la pandémie de Covid-19.

La candidature du président Alpha Condé à un troisième mandat le 18 octobre 2020 a provoqué des mois de tensions qui ont causé des dizaines de morts et l'élection a été précédée et suivie par l'arrestation de dizaines d'opposants. Définitivement proclamé président pour un troisième mandat le 7 novembre, malgré les recours de ses adversaires qui dénonçaient des "bourrages d'urnes", Alpha Condé est accusé par des défenseurs des droits humains de dérive autoritaire.

Alpha Condé, ancien opposant historique qui a été emprisonné et même condamné à mort, était devenu en 2010 le premier président démocratiquement élu après des décennies de régimes autoritaires.

"Pas de chasse aux sorcières"

Ce coup d'État s'inscrit donc dans l'histoire tourmentée de ce pays éprouvé malgré ses ressources minérales et hydrologiques considérables, dirigé pendant des décennies depuis l'indépendance de 1958 par des régimes autoritaires ou 

dictatoriaux et coutumier des actions brutales de ses forces armées. Aucun décès n'avait cependant été rapporté officiellement après le putsch, malgré le crépitement intense des armes automatiques dans le centre de Conakry 

dimanche matin. 

Aucun incident majeur n'a été signalé depuis et le lieutenant-colonel Doumbouya s'est employé à tranquilliser ses concitoyens. Il a tancé les anciens ministres en leur intimant de rendre leurs documents de voyage et leur véhicule de fonction. Mais, a-t-il ajouté, "il n'y aura aucun esprit de haine ni de vengeance (...) il n'y aura pas de chasse aux sorcières".

Avertissement américain

Pour autant, ce coup de force, dernier en date en un an en Afrique subsaharienne après ceux au Mali et au Tchad, plonge dans l'incertitude l'un des pays les plus pauvres du monde, suscitant l'inquiétude des anciens tenants du pouvoir et les 

interrogations des partenaires. La Guinée est l'un des premiers producteurs mondiaux de bauxite, principal minerai pour la production d'aluminium. Elle possède des gisements de fer, d'or et de diamant. Beaucoup de compagnies étrangères sont liées par contrat à la Guinée et Alpha Condé se targuait d'avoir attiré nombre d'entre elles.

Le comité assure "les partenaires économiques et financiers de la poursuite normale des activités dans le pays", a dit le lieutenant-colonel Doumbouya. Il a demandé aux compagnies minières de continuer à travailler ; "à cet effet les 

frontières maritimes restent ouvertes pour les activités d'exportation".

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L'apparent épilogue de plus de dix années de régime Condé a suscité une large réprobation internationale, du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres - qui a "fermement" condamné dimanche dans un tweet "toute prise de pouvoir" en Guinée "par la force du fusil" -, à l'Union africaine en passant par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), l'Union européenne et la France. Les États-Unis ont également condamné le coup d'État qui, ont-ils prévenu, 

pourrait "limiter" la capacité américaine à soutenir la Guinée.

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