Teodorin Obiang est le 1er dirigeant africain condamné dans cette affaire : les "biens mal acquis", c'est quoi ?

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DÉCRYPTAGE - Teodorin Obiang, accusé de s'être frauduleusement bâti en France un patrimoine considérable, a été condamné ce vendredi à Paris. Le vice-président de la Guinée Equatoriale est le premier dirigeant africain condamné dans l'affaire des "biens mal acquis", qui concerne plusieurs autres dignitaires.

Premier procès et première condamnation dans l'affaire des "biens mal acquis". Plus de dix ans après les premiers dépôts de plaintes, cette tentaculaire affaire portant sur les conditions d'acquisition de riches patrimoines en France par plusieurs dirigeants africains a connu un premier épilogue ce vendredi. Jugé en juin dernier -il ne s'était pas présenté devant le correctionnel de Paris-, Teodorin Obiang, fils du président de Guinée équatoriale, a en effet été condamné à trois ans de prison avec sursis et 30 millions d'euros d'amende avec sursis.


Ancien ministre de l'Agriculture et des forêts, promu ensuite par son père Teodoro Obiang Nguema vice-président de Guinée équatoriale, cet homme de 48 ans était poursuivi pour blanchiment d'abus de biens sociaux, de détournement de fonds publics, d'abus de confiance et de corruption. Le "fruit" de dépenses somptuaires en France, selon plusieurs associations. 


Trois d'entre elles - Sherpa, Survie et la Fédération des Congolais de la diaspora – avaient déposé plainte dès 2007. Dans leur viseur ? Des chefs d'Etat africains, accusés d'avoir bâti en France une fortune avec de l'argent public détourné : le Gabonais Omar Bongo (décédé en 2009), le Congolais Denis Sassou Nguesso et l'Equato-Guinéen Teodoro Obiang Nguema.

Une "taxe révolutionnaire" pour financer son compte personnel

Après des hésitations sur la recevabilité de la plainte, la Cour de cassation donne son feu vert à deux juges d'instruction en novembre 2010. Débute alors la mise en lumière d'un train de vie… particulier. Notamment celui de Teodorin Obiang : quand il est à Paris, cet éternel célibataire dépense par exemple des mallettes entières de liquide chez les couturiers de l'avenue Montaigne. Dans ses appartements de l'avenue Foch, les robinets sont recouverts de feuilles d'or. Le maître des lieux dispose d'un hammam, d'une salle de sport, d'une discothèque, d'un salon de coiffure, d'une salle de cinéma. Le bâtiment, d'une valeur de 100 à 150 millions d'euros, sera saisi en juillet 2012.


Entre 2004 et 2011, près de 110 millions d'euros provenant du Trésor public de Guinée équatoriale sont venus créditer le compte personnel de Teodorin Obiang, selon les juges. Les enquêteurs découvrent qu'il a créé une "taxe révolutionnaire" sur le bois. Le paiement, au nom de la Somagui Forestal, devait lui être directement remis. Cette entreprise est chargée de l'exploitation du bois précieux qui représente, avec le pétrole, l'une des principales richesses du pays du golfe de Guinée. Contrôlée par Teodorin Obiang en personne, elle assurait nombre de ses dépenses.

NGuesso, Bongo, et Bozizé aussi dans la ligne de mire

La justice française enquête également sur les patrimoines bâtis en France par les familles de plusieurs autres dirigeants africains, celle de Denis Sassou Nguesso (Congo), du défunt Omar Bongo (Gabon) ou encore du président centrafricain déchu François Bozizé. Des dirigeants qui, eux aussi, auraient acquis un patrimoine colossal.

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"Biens mal acquis" : en 2013, Sassou Nguesso déniait à la justice française "le droit" d'enquêter

En septembre 2015, les juges ont ainsi saisi plusieurs propriétés, dont une luxueuse demeure dans la région parisienne, soupçonnant un neveu de Sassou Nguesso d'en être le véritable propriétaire. Ils avaient déjà saisi quelques mois plus tôt une quinzaine de véhicules de luxe  dans une banlieue de Paris chez des membres de la famille. Puis, en 2016, des biens immobiliers à Paris et Nice, appartenant à la famille du président gabonais Ali Bongo, sont saisis à leur tour. Deux appartements à Paris au nom d'Antoinette Sassou Nguesso, l'épouse du président congolais, ont également été confisqués.

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