Terrorisme : comment traiter les djihadistes repentis ?

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REMORDS - Chaque année, un certain nombre de djihadistes reviennent de la Syrie, écoeurés, traumatisés, par ce qu'ils ont vu. C'est le cas, en France, avec le récent retour de trois combattants, immédiatement placés en détention provisoire. La prison, justement, est-elle la seule solution possible ? La plus adaptée ? Eléments de réponse.

"Ce n'est pas ce qu'on imaginait, on a pris la fuite pour rentrer." Ainsi les trois djihadistes présumés, qui se sont rendus d'eux-mêmes aux autorités françaises le 23 septembre, justifient-ils leur retour (chaotique) au pays. Ecœurés, dégoûtés du djihad. Ils sont plusieurs terroristes suspectés à faire demi-tour une fois arrivés en Syrie ou en Irak, même si le chiffre est difficile à estimer. Alors une fois rentrés au bercail, que deviennent ces intégristes repentis ?

"Une radicalisation derrière les barreaux"

"Mon client a été mis en examen et placé en détention provisoire", rappelle Pierre Dunac, avocat d'Imad Jjebali, l'un des trois suspects revenus fin septembre, parmi lesquels figure également le beau-frère de Mohamed Merah. "Mais ce n'est pas un traitement équitable", confie-t-il à metronews. "Il est revenu en France et s'est rendu de son propre chef. S'il est incarcéré, c'est surtout pour une communication qui se veut rassurante. En revanche, reconnait-il, quand elle est face à des personnes dangereuses, il faut que la justice prenne des dispositions." Comprendre, s'arrêter sur la case prison.

Tous ne sont pas de cet avis. Contacté par metronews, le sociologue et chercheur à l'EHESS, Farhad Khosrokhavar, met en garde : "La judiciarisation excessive des affaires concernant ces djihadistes n'est pas la solution. Ce sont des personnes jeunes, qui ont subi un endoctrinement de plusieurs semaines et qu'on va emprisonner pendant un temps assez court. Quand on est condamné pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes dans un autre pays que la France, on ne prend pas trente ans ! Une fois dans la nature, ces personnes, mêmes repenties, sont encore plus dangereuses qu'en entrant en prison. Bien souvent, elles se sont encore radicalisées derrière les barreaux."

L'exemple danois

L'expert tire d'autant plus la sonnette d'alarme que des solutions alternatives existant hors de nos frontières. "En Angleterre, poursuit-il, les djihadistes repentis s'expriment beaucoup. Ils sont médiatisés et érigés en champions de l'anti-djihad." Mais en matière de méthode douce, c'est l'exemple danois qui se veut le plus emblématique.

Dans la ville d'Aarthus, un programme dit "de seconde chance", a carrément été créé. En attendant leur éventuel jugement, les djihadistes présumés sont placés dans un centre où ils reçoivent des soins et un traitement psychologique. Une aide leur est aussi proposée pour retrouver un emploi ou reprendre des études. De quoi faire réfléchir ?

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