Terrorisme : la France est-elle vraiment en guerre contre Daech ?

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GEOPOLITIQUE - Lorsqu’il s’est exprimé mardi après l'attentat commis dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, où le prêtre Jacques Hamel a été égorgé, François Hollande a réaffirmé que Daech nous avait "déclaré la guerre". Mais la France est-elle vraiment en guerre ? Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE, fait le tour de la question pour metronews.

La France est-elle vraiment en guerre ? Affirmer que c’est le cas au lendemain d’une attaque terroriste revendiquée par Daech est devenu courant pour le gouvernement. Mais qu’en est-il vraiment ?

Selon la définition du droit international humanitaire, la guerre se caractérise par un conflit armé international entre deux ou plusieurs Etats. Si l’organisation terroriste n’est pas reconnue comme un "Etat" islamique par la communauté internationale, force est de constater que le fait qu’elle exerce une autorité sur la population d’un territoire contrôlé, fait d’elle un Etat selon la définition littéraire du terme et par conséquent, un ennemi de guerre légitime.

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La France est en guerre oui, mais au Moyen-Orient

Mais il est important de recontextualiser la guerre que mène la France contre Daech. Celle-ci se déroule "uniquement en Syrie et en Irak", où les forces armées françaises mènent des frappes aériennes sur les territoires occupés, aux côtés de la coalition internationale menée par les Etats-Unis, assure à metronews Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE.

"Nous sommes en guerre sur les territoires contrôlés par Daech au Moyen-Orient, mais pas dans l’Hexagone. Ce ne sont pas des armées étrangères qui nous attaquent en France, ce sont nos enfants. C’est donc notre problème à nous, même si le groupe terroriste s’approprie ces attentats parce que ça l’arrange", nuance Alain Chouet. En somme, ces attaques par des enfants de la Nation relèvent d’un problème sociétal interne, dont la France est seule responsable.

Après deux ans de guerre, le bilan reste pauvre

A l’international, la situation est toute autre : la France contribue à déstabiliser Daech. Voire à "l’affaiblir militairement", indique l’ancien de la DGSE. Mais les résultats de l’offensive occidentale restent faibles et de nombreux spécialistes se questionnent. Dans une interview accordée à Libération , le spécialiste du djihadisme Jean-Pierre Filiu,a rappelé que "le territoire dont Daech a pris le contrôle en Syrie et en Irak a largement été conquis en quelques semaines. En face, la coalition soi-disant mobilisée contre Daech depuis maintenant deux ans, n’a fait que grignoter ce territoire à la marge".

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Alain Chouet dresse le même bilan : "ça fait deux ans que la coalition internationale combat sur place avec la maîtrise totale du ciel et des moyens techniques très développés, mais personne n’arrive à venir à bout de 30.000 hommes. On a des questions à se poser sur notre politique de défense, il y a un manque évident de résolution".

Problème de calendrier

La faute à un agenda discordant. "Aujourd’hui, il y a d’un côté ce que font les Américains, de l’autre les Russes. La France est le seul pays pour qui Daech est une priorité absolue. Pour les Américains, cette question n’est pas au sommet de leur calendrier. Pour les Russes, la priorité, c’est Assad. Pour les Turcs, c’est les Kurdes, pour les Kurdes, c’est les Turcs…", affirme Jean-Pierre Filiu.

Puis il y a les "dégâts collatéraux" que les armées veulent éviter, précise Alain Chouet. "Aujourd’hui, les djihadistes se cachent sous des écoles, des hôpitaux ou des hospices". Comment faire ? Comme le souligne ce dernier, "aucune guerre n’a été gagnée qu’avec des frappes aériennes", mais envoyer des troupes au sol pourrait ressembler à "une croisade de l’Occident contre l’Islam".

Seules les forces locales, en l’occurrence les Kurdes et l’armée irakienne reformatée, sont habilitées à combattre Daech au sol.  Mais selon Jean-Pierre Filiu, "Daech ne peut être battu que par des Arabes sunnites. Sinon, ce sera une guerre kurdo-arabe, ou une guerre chiito-sunnite". En outre, les aspects diplomatiques de cette guerre semblent également contribuer à sa longévité. 

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