Terrorisme : la "guerre" contre l'Etat islamique commence à Paris

Terrorisme : la "guerre" contre l'Etat islamique commence à Paris
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RIPOSTE - Une conférence "pour la paix et la sécurité en Irak" se tient ce lundi à Paris. Au menu de cette première grande réunion internationale : définir la stratégie à adopter pour lutter contre l'Etat islamique qui a exécuté samedi un troisième otage.

La riposte s'organise. La conférence "pour la paix et la sécurité en Irak" se tient ce lundi matin à Paris, au ministère des Affaires étrangères. Objectif : coordonner la lutte et définir une stratégie globale contre l'Etat islamique (EI), organisation forte de 20.000 à 30.000 membres. Ce groupe terroriste multiplie les exactions et a publié samedi une vidéo mettant en scène la décapitation d'un troisième otage, l'humanitaire britannique, David Haines. Depuis le mois de juin, l'offensive des djihadistes, qui ont proclamé l'avènement d'un califat et fait fuir des centaines de milliers d'habitants, a permis la conquête de vastes territoires dans le nord de l'Irak et en Syrie. Analyse avec Mathieu Guidère, spécialiste des mouvements islamistes, des enjeux d'une conférence dont l'issue semble toute tracée.

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Les participants
Cette conférence "rassemblera les partenaires internationaux et régionaux qui adhèrent à l'objectif (de paix et de stabilité en Irak) et contribuent à sa réalisation", selon François Hollande. Soit les représentants d'une trentaine de pays, dont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies. Une dizaine de pays occidentaux a par ailleurs consenti à constituer le noyau dur de cette alliance. Sans compter la dizaine de pays arabes qui a accepté de soutenir les Etats-Unis et leur secrétaire d'Etat américain, John Kerry. Celui-ci espère ainsi une forte implication des Etats du Moyen-Orient pour éviter de donner l'impression d'une croisade occidentale. Si l'Arabie saoudite, la Turquie, la Jordanie ou encore l'Egypte sont prêts à apporter leur aide, ces pays ne souhaitent pas pour autant jouer un rôle clef dans les opérations militaires.

Les enjeux 
"L'objet de cette conférence, c'est de coordonner les aides, les soutiens, les actions pour l'unité de l'Irak et contre ce groupe terroriste", a déclaré le président de la République lors d'une visite éclair vendredi en Irak . En bref : dessiner une première ébauche de la coalition internationale annoncée par les Etats-Unis pour "éradiquer" l'EI, comme le soutient Barack Obama. Car, malgré le nom donné à cette conférence pour la paix, "c'est plutôt une conférence pour préparer la guerre", remarque Mathieu Guidère, spécialiste de géopolitique. "C'est une conférence opérationnelle où les partenaires vont se répartir les tâches selon un agenda : la logistique, le renseignement, l'envoi de forces spéciales, d'armes ou encore d'aide humanitaire."

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Pour une stratégie commune ?
"Ceux qui ont rejoint la coalition approuvent la feuille de route préparée par les Américains", affirme Mathieu Guidère. Car c'est bien Washington qui mène ici la danse . S'il y a bien un point sur lequel la communauté internationale s'accorde, c'est sur le fait d'intervenir pour contrer l'avancée de l'EI. Mais les opinions divergent quant à la manière de le faire. Certains considèrent que ce sont aux pays arabes d'intervenir, estimant que l'ingérence occidentale n'a pour effet que de susciter de nouvelles vocations djihadistes. D'autres, comme les pays nordiques, approuvent une voie plus humanitaire. Et l'Allemagne a d'ores et déjà fait savoir qu'elle ne participerait à aucune frappe aérienne.

Le rôle de la France 
Le président de la République a affirmé que la France était prête à aider "encore davantage militairement" l'Irak. Paris a déjà livré plus de 60 tonnes de matériel dans le cadre de son opération humanitaire et des armes sont arrivées ce dimanche sur le front irakien pour soutenir les combattants kurdes, entraînés par des experts français. Paris apparaît ainsi comme le leader de la coalition occidentale, "les États-Unis ne souhaitant pas apparaître sur le devant de la scène, appliquant la stratégie du lead from behind", analyse Mathieu Guidère. Laissant aux autres le soin de monter en première ligne. Mais cela n'est pas sans risque et pourrait faire de la France la cible privilégiée de l'EI.

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Un conflit au-delà des frontières ?
Certains Etats s'interrogent quant au respect de souveraineté. Pour Damas, des frappes sur son territoire seraient considérées comme une "attaque". Moscou, qui bloque avec Pékin depuis trois ans par un véto toute intervention en Syrie, estime pour sa part qu'une intervention militaire sans mandat de l'ONU serait considérée comme une "violation grossière" du droit international. "C'est une guerre par procuration. Ni la Russie ni les Etats-Unis ne veulent s'affronter directement. Chacun fourni des armes pour que d'autres aillent faire la guerre. Mais le risque, c'est l'escalade au niveau régional."

L'objectif : "éradiquer" l'EI ?
Le président américain s'est dit prêt à frapper les djihadistes jusqu'en Syrie et à intensifier les raids menés en Irak. Mais pas sûr que ces bombardements aient l'effet escompté. C'est tout le problème du terrorisme : supprimer les individus ne détruit pas pour autant l'idéologie. "La même question s'est posée avec Al-Qaida en 2001. Et pourtant, après treize ans de lutte, le mouvement existe toujours et continue à essaimer. Il est impossible de détruire l'EI avec une guerre de ce type", pointe Mathieu Guidère. Des dirigeants de l'organisation islamiste seront certainement tués lors des frappes à venir, mais ils seront remplacés. Et si l'EI en est affaibli, il n'en sera pas moins anéanti. "Il ne s'agit pas que d'une lutte armée, ajoute le spécialiste. C'est une bataille idéologique."

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