Les États-Unis pour la première fois en alerte antiterroriste suite à une menace intérieure

La garde nationale américaine devant le Capitole, à Washington D.C., le 19 janvier 2021.

DANGER - Jusqu'alors, les menaces à la sécurité des États-Unis provenaient toujours de l'extérieur. Pour la première fois, mercredi, le pays a publié un bulletin d'alerte antiterroriste suite à des menaces internes. Celui-ci doit courir jusqu'au mois d'avril.

Lors de son investiture le 20 janvier, Joe Biden a juré de "vaincre le suprémacisme blanc et le terrorisme intérieur". Preuve qu'il ne prend pas ses promesses à la légère, le président américain a décrété mercredi l'état d'alerte antiterroriste consacré aux menaces posées par les "extrémistes" opposés à sa présidence.

Depuis sa création suite aux attentats du 11 septembre 2001, le ministère de la Sécurité intérieure publie régulièrement des bulletins d'alerte, mais ils sont d'ordinaire liées à des menaces d'origine étrangère, notamment djihadistes. C'est la première fois que l'un d'eux concerne une menace intérieure.

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Le Capitole envahi par des partisans de Donald Trump

Une état d'alerte engendré par un "climat de menaces accrues"

Le ministère de la Sécurité intérieure a assuré que son bulletin d'alerte n'était pas motivé par "des informations sur un complot crédible spécifique". Il fait plus généralement état d'un "climat de menaces accrues" présent dans tous les États-Unis et susceptible de durer plusieurs semaines. "Des informations suggèrent que des extrémistes violents ayant des objections à l'exercice de l'autorité gouvernementale et à la transition présidentielle, ainsi que d'autres griefs alimentés par des récits mensongers, pourraient continuer à se mobiliser, et à inciter à commettre des violences", selon son bulletin.

Ainsi, s'il se garde de viser un clan politique, il relève toutefois que des extrémistes animés par plusieurs motivations, et notamment leur "colère face aux restrictions liées au Covid-19 et aux résultats de l'élection" présidentielle, ont déjà comploté en 2020, et parfois, attaqué des bâtiments officiels. Certains "pourraient avoir été galvanisés par l'intrusion au sein du Capitole", ajoute-t-il.

Remettre les choses au clair

Le ministère se dit déterminé à protéger "les infrastructures critiques" et les "populations qui pourraient être ciblées en raison de leur religion, race, origine, identité ou opinion politique". Dans les colonnes du Washington Post, Tom Warrick, un ancien membre du ministère de la Sécurité intérieure, affirme que ce bulletin a pour but de signifier "le retour d'une ligne claire entre la liberté d'expression et les actes de violences considérés comme du terrorisme domestique".

Ce bulletin d'alerte est valide jusqu'au 30 avril. Lundi, le Pentagone avait déjà annoncé que les milliers de soldats de la Garde nationale déployés pour la prestation de serment de Joe Biden resteraient jusqu'en mars à Washington, à la suite de nouvelles menaces.

Je suis heureux de voir que le ministère reconnaisse pleinement la menace posée par l'extrême droite violente- Bennie Thompson, président de la commission de la Sécurité intérieure à la Chambre des représentants

"L'attaque terroriste domestique du Capitole un peu plus tôt ce mois-ci a mis en lumière une menace qui était juste devant nos yeux depuis des années. Je suis heureux de voir que le ministère reconnaisse pleinement la menace posée par l'extrême droite violente", alors qu'elle a été "encouragée au cours des quatre dernières années", a salué dans un communiqué l'élu démocrate Bennie Thompson, qui dirige la commission de la Sécurité intérieure à la Chambre des représentants.

L'ancien président républicain Donald Trump a été régulièrement accusé de faire preuve de complaisance envers la droite radicale, dont certains membres étaient en première ligne lors de l'assaut lancé par ses partisans sur le Capitole le 6 janvier. En 2017, une jeune femme de 32 ans avait été tuée et une vingtaine de personnes blessée à Charlottesville (Virginie), après qu'une voiture avait chargé dans une ruelle étroite un groupe de militants antiracistes venus s'opposer à un rassemblement de suprémacistes blancs. Le président américain avait alors réagi en condamnant "dans les termes les plus forts possibles cette énorme démonstration de haine, de sectarisme et de violence venant", a-t-il tenu à préciser, "de diverses parties". Ces propos avait suscité une vague d'indignation et semé le malaise au sein même des rangs républicains. Au cours de sa campagne, il avait déjà suscité l’étonnement en tardant à réagir au soutien apporté par de nombreux groupuscules ultras.

Des dizaines inculpations d'extrémistes depuis le 6 janvier

Parallèlement à ce bulletin, qui n'a, selon Tom Warrick "pas pour but d'être alarmiste", les autorités judiciaires ont déployé les grands moyens pour retrouver les auteurs de l'attaque du Congrès. Plus de 150 personnes ont déjà été inculpées par la justice fédérale, dont trois membres d'une milice d'extrême droite poursuivis pour "conspiration et sédition". La police fédérale américaine offre également une récompense de 75.000 dollars pour toute information aidant à identifier l'individu ayant placé deux bombes artisanales à l'extérieur des bâtiments abritant les bureaux des partis démocrate et républicain, près du Capitole, le 6 janvier dernier.

Dans un dossier distinct, le ministère de la Justice a annoncé mercredi l'inculpation de Ian Benjamin Rogers, un garagiste californien de 43 ans lié à une milice d'extrême droite. Lors de perquisitions dans son entreprise, les agents ont découvert cinq bombes artisanales, du matériel pour en fabriquer davantage et une cinquantaine d'armes, a annoncé le procureur David Anderson. Selon un rapport d'enquête, des messages laissés sur son téléphone indiquent qu'il a été convaincu par les allégations de fraudes électorales brandies, sans preuve, par Donald Trump pour refuser de concéder sa défaite. Ces messages montrent "son intention d'attaquer des démocrates et des lieux associés aux démocrates afin d'essayer de maintenir Donald Trump au pouvoir", peut-on lire dans ce document. Parmi les cibles envisagées : le bureau du gouverneur démocrate de Californie Gavin Newson ou les sièges de Twitter et Facebook qui ont banni l'ancien président de leurs réseaux.

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L'un des 14 hommes accusés d'être impliqués dans un complot d'enlèvement contre la gouverneure démocrate du Michigan, Gretchen Whitmer, a par ailleurs plaidé coupable devant un tribunal fédéral, mercredi. L'inculpation de Ty Garbin, 25 ans, découlait d'une enquête révélée en octobre dernier, suite à la découverte par les autorités d'un complot organisé par des miliciens de droite opposés à des mesures de confinement que la gouverneure avait mises en place pour lutter contre la pandémie. Avant que cette affaire n'éclate, l'ex-président américain avait jugé les mesures de confinement au Michigan trop strictes, prenant même le parti de manifestants qui exigeaient l'assouplissement des restrictions, dont certains, armés, avaient fait irruption dans le Capitole de l'État.

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