Tir de la Corée du Nord au dessus du Japon : "Les sanctions sont nécessaires mais insuffisantes"

DÉCRYPTAGE - Pyongyang a procédé ce mardi au tir d'un missile balistique au-dessus du Japon. Une provocation de plus qui, sauf surprise, devrait entraîner une nouvelle salve de sanctions de la part de la communauté internationale. Mais avec quel impact ? Les explications d'Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

Presque une habitude. Deux jours après avoir procédé au tir de trois missiles à courte portée, la Corée du Nord a tiré ce mardi matin un missile balistique, cette fois-ci au-dessus du Japon. Une provocation qui s’ajoute à celles observées durant l’été par la communauté internationale. Nul doute que celle-ci devrait adopter une nouvelle batterie de sanctions. Sauf que ces dernières semblent vaines face à la frénésie militaire de Kim Jong-Un.


Pas moins de sept volées de sanctions ont en effet été adoptées ces derniers mois à l’encontre du régime nord-coréen. Le 22 août, les Etats-Unis ont par exemple annoncé des sanctions à l'encontre de dix organisations et six individus chinois et russes, accusés de contribuer au développement du programme nucléaire du régime en alimentant les revenus du pays. Seulement voilà : les mesures unilatérales restent limitées, selon Antoine Bondaz. Contacté par LCI, le chercheur spécialiste de la Chine et de la Corée du Nord à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) assure : "Pour avoir un impact sur la Corée du Nord, il faudrait que les sanctions multilatérales, prises par l’ONU, soient appliquées strictement par l'ensemble de ses membres."

Autre piste : celle des travailleurs détachés. Il y aurait en effet entre 50 et 100.000 travailleurs, qui permettraient à Pyongyang de disposer de plus de 1,5 milliard de dollars par an, selon l’ONU. "Il y a des dizaines de milliers de Nord-Coréens qui travaillent en Chine, en Russie ou au Moyen Orient, et dont les revenus sont des sources de devises pour le régime, détaille le chercheur. La résolution adoptée début août vise d’ailleurs à limiter leur nombre à l’étranger, en interdisant la signature de nouveaux contrats. Pour aller plus loin, il faudrait mettre un terme aux contrats existants."


Mais confrontée à ces multiples sanctions, la Corée du Nord a trouvé la parade. "Pyongyang a développé une 'économie des sanctions', nous explique Antoine Bondaz. Cela n’est pas nouveau mais remonte à la fin de la Guerre Froide. A la suite de l'effondrement du bloc soviétique, la Corée du Nord a perdu de nombreux fournisseurs et partenaires commerciaux." Et le chercheur d'ajouter : "La Corée du Nord a développé des techniques de contournement des sanctions. Notamment grâce à un réseau de diplomates et d'hommes d'affaires nord-coréens." Pour masquer ses activités illicites étrangères, la Corée du Nord a recours à des sociétés-écrans, qui permettent de "dissimuler" des activités sous des transactions commerciales qui semblent légitimes, selon le think tank américain C4ADS, dans un rapport publié en juin.


A l'heure où Kim Jong-Un semble inflexible et faire des fi des critiques, quelle marge de manoeuvre pour la communauté internationale ? "Les sanctions sont nécessaires, car elles permettent d'afficher l'unité de la communauté internationale. Mais elles sont insuffisantes si l'objectif est la dénucléarisation", précise Antoine Bondaz, selon lequel la diplomatie reste la solution la plus efficace. Avant d'ajouter : "Il faut bien comprendre que la Corée du Nord considère que les gains militaire (la dissuasion) et politique (la légitimité du régime en interne) dépassent le coût économique des sanctions et l'isolement diplomatique engendré par ce dernier."

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