Torture des migrants en Libye : l'Europe est "complice" accuse Amnesty

Torture des migrants en Libye : l'Europe est "complice" accuse Amnesty

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MIGRANTS - "Les gouvernements européens sont sciemment complices de la torture et des abus endurés par des dizaines de milliers de réfugiés et de migrants détenus par les autorités libyennes de l'immigration dans des conditions épouvantables", dénonce l'ONG dans un rapport.

La mer est agitée ce jour-là. Le bateau pneumatique surchargé. Rapidement, l'embarcation de fortune ploie sous le poids de la détresse humaine. Au loin, un bateau blanc. Le temps d'une minute l'espoir de la fin d'un calvaire. Des bouées sont envoyées, les hommes sont remontés sur le ponton. Accroché à l'échelle, l'un d'eux tente de grimper. Trop tard. L'embarcation a redémarré. Un peu plus loin, un des sauveteurs frappe un migrant. Qu'importe. Le cargo n'amène pas ces hommes et ces femmes sur les côtes européennes, mais en Libye.


Sur ce bateau blanc qui sillonne la Méditerranée, trois chiffres en lettres noires. 648. Trois chiffres qui ont permis à Amnesty International de remonter jusqu'au gouvernement italien. Car depuis un an, les Etats membres de l'Union européenne ont passé des accords avec la Libye pour fermer peu à peu la route migratoire. Assistance technique, bateaux ou encore formations, les dirigeants européens se sont engagés à aider le Service de lutte contre l’immigration illégale, qui gère les centres où les réfugiés et les migrants sont détenus. 

Détention arbitraire, torture et travail forcé

"Les gouvernements européens ne sont pas seulement conscients de ces abus ; en apportant un soutien actif aux autorités libyennes pour stopper les traversées et bloquer les migrants en Libye, ils se rendent complices de ces crimes", dénonce l'ONG dans un rapport publié cette semaine.


De fait, les arrivées de migrants ont été réduites sur les plages européennes. Entre juillet et décembre, leur nombre a baissé de plus de 65% sur les côtes italiennes, par rapport à la moyenne aux mêmes périodes entre 2014 et 2016. Seulement, de l'autre côté de la mer, les conditions de détention sont "épouvantables" raconte l'ONG. Emmanuel Macron avait lui-même dénoncé un "crime contre l'humanité" après la publication de la vidéo de CNN. Amnesty dit avoir interrogé des dizaines de migrants et réfugiés qui racontent les "abus dont ils ont été victimes ou (...) témoins", citant notamment "la détention arbitraire, la torture et le travail forcé".  


A cela s'ajoutent les gardes-côtes libyens. L'ONG raconte qu'ils mettent en danger les migrants et tentent intimider les ONG qui opèrent en Méditerranée pour leur sauvetage.  "Dans les centres de détention, les gardiens les torturent pour leur extorquer de l’argent. S’ils peuvent payer, ils sont libérés. Parfois ils sont remis à des passeurs qui leur font quitter la Libye en coopération avec les garde-côtes libyens." 

Au total, sur les 11 premiers mois de l'année, près de 3.000 personnes sont mortes ou ont disparu en mer en tentant de rejoindre l'Europe, d'après le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR). Des chiffres bien en deçà de la réalité, souligne l'ONG. 

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