Trafic de drogue : le Français Félix Dorfin condamné à mort, le Quai d'Orsay se dit "préoccupé"

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VERDICT - Soupçonné de trafic de drogue, Félix Dorfin, originaire du nord de la France a été condamné à mort, lundi 20 mai en Indonésie. Il était parvenu à s'échapper de sa prison indonésienne dans la nuit du 20 au 21 janvier, puis avait été capturé. Cette sentence est inattendue puisque le parquet avait requis vingt ans de  privation de liberté. "Félix Dorfin est sous le choc", a indiqué son avocat.

Félix Dorfin, un Français accusé de trafic de drogue en Indonésie a été condamné à la peine de mort lors de son procès, lundi 20 mai. Les autorités françaises ont rapidement réagi en indiquant qu'elles étaient préoccupées. "Nous prenons note de sa volonté de faire appel" et "nous restons attentifs  à sa situation", a indiqué le Quai d'Orsay.


Agé de 35 ans, originaire de Béthune (nord de la France), Felix Dorfin avait été interpellé fin septembre à l'aéroport de Lombok, une île touristique proche de Bali, en provenance de Singapour avec en sa possession, selon les autorités, près de quatre kilos de cocaïne, d'ecstasy et d'amphétamines dissimulés dans une valise à double fond.

"Sous le choc"

Cette sentence est inattendue puisque le parquet avait requis vingt ans de  privation de liberté. Fin avril, Ginung Pratidina, le principal procureur dans ce procès, avait en effet déclaré qu'il avait été prouvé "juridiquement et de manière convaincante" que Félix Dorfin, jugé à Mataram, la plus grande ville de Lombok, était coupable. Outre la peine d'emprisonnement de vingt ans , il avait également requis une amende de 10 milliards de roupies (700.000 dollars) .  


Pourquoi donc la peine de mort ? Le juge a pris en compte comme facteurs aggravants le fait que Félix Dorfin  fasse partie d'un réseau de trafic de drogue et la quantité importante de  drogue en sa possession. Le Français a été défendu par un avocat commis d'office après s'être séparé  de ses deux premiers avocats. "Félix Dorfin est sous le choc", a indiqué son avocat, Deny Nur Indra,  il décrit son client comme "une victime" qui ne savait pas ce  qu'il transportait.  "S'il avait su quelle était la cargaison, il ne l'aurait pas amenée ici", a  assuré l'avocat.


Les tribunaux indonésiens sont connus pour aller au-delà des réquisitions du parquet mais la peine de mort n'a plus été appliquée depuis 2016 en Indonésie, qui a fait de la lutte contre la drogue l'une de ses priorités et où plusieurs trafiquants de stupéfiants ont par le passé été exécutés.  

Une évasion en janvier dernier

Felix Dorfin avait réussi en janvier à s'évader du centre de détention de la police et avait été recherché pendant onze jours. Finalement retrouvé dans une forêt du nord de l'île de Lombok où il se cachait, il avait été arrêté le 1er février par des policiers qu'il avait, selon eux, tenté de soudoyer. 


Les circonstances exactes de son évasion dans la nuit du 20 au 21 janvier restent floues. La police avait expliqué précédemment qu'il avait scié les barreaux de la cellule, et qu'il s'était échappé du deuxième étage du centre de détention de la police en descendant avec un sarong (pièce de tissu) et des rideaux attachés ensemble en guise de corde. Une policière soupçonnée de l'avoir aidé à s'échapper contre des pots-de-vin de plus de 1000 dollars a été arrêtée et inculpée. Selon la police, sa mère avait reconnu avoir envoyé la moitié de la somme "mais dans le but d'améliorer les conditions de détention de Félix Dorfin", avait indiqué une source proche du dossier à l'AFP. 

Un autre Français dans les couloirs de la mort en Indonésie

Felix Dorfin n'est pas le premier Français condamné à mort en Indonésie. Il rejoint un autre Français dans le couloir de la mort en Indonésie, Serge  Atlaoui, condamné en 2007 également pour trafic de droque et toujours incarcéré.  Jakarta a condamné à mort 48 personnes l'an dernier dont 15 étrangers jugés  coupables de  trafic de drogue, selon les statistiques compilées par Amnesty  International.


Fin 2018, il y avait en Indonésie 308 condamnés dans le couloir de la mort  même s'il n'y pas eu d'exécutions depuis 2016 dans ce pays. En 2015, deux Australiens, Andrew Chan et Myuran Sukumaran, condamnés pour  avoir fait partie d'un réseau de trafic d'héroïne, ont été exécutés,  déclenchant une crise diplomatique avec Canberra. "Ce verdict de peine capitale représente un nouveau pas en arrière pour les  droits humains en Indonésie", a souligné Andreas Harsono de l'organisation  Human Rights Watch. "Les multiples promesses du gouvernement indonésien de progresser vers  l'abolition de la peine de mort n'ont pas eu de poids sur l'île de Lombok",  a-t-il déploré.

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