Transferts d'ambassades à Jérusalem : Pourquoi ces pays et pourquoi maintenant

DÉCRYPTAGE - Après les Etats-Unis, le Guatemala a annoncé dimanche qu’il transférerait son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem. Et selon la vice-ministre israélienne des Affaires étrangères, une dizaine de pays pourraient faire de même très prochainement. Pourquoi ces pays font ce choix ? Pourquoi maintenant ? Le décryptage de Béligh Nabli, directeur de recherches à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

LCI.fr : Le Guatemala a décidé de localiser son ambassade à Jérusalem dans la foulée de la décision des Etats-Unis. D'autres pays pourraient leur emboîter le pas. Est-ce que cela revient à dire que Donald Trump a réussi à impulser un revirement ?

Béligh Nabli, directeur de recherches à l'IRIS : On ne peut certainement pas parler de revirement dans la mesure où les pays dont on parle sont aussi ceux qui, depuis le début de cette séquence diplomatique, ont affiché un soutien à l’Amérique de Donald Trump et à l’Israël de Benjamin Netanyahu. Dans ce sens il n’y a pas revirement mais plutôt une continuité, c’est la confirmation d’un rapport de force déjà établi lors de la résolution onusienne (résolution votée le 21 décembre sur le statut de Jérusalem et qui a obtenu une large majorité : 128 votes favorables, 35 abstentions et 9 votes défavorables – dont le Guatémala – ndlr). Mais on est loin de tout revirement, on est plutôt dans la confirmation d’un petit noyau dur de soutien aux Etats-Unis et à Israël, constitués d’une petite minorité de pays d’Amérique centrale et d’une minorité de pays européens situés en Europe centrale et orientale. À l’inverse, on a une forte majorité d’Etats sur la scène internationale qui s’allient - non pas sur la position palestinienne - mais sur la lignée des résolutions onusiennes en la matière qui ont été votées depuis 1948 et qui font jurisprudence - d’une certaine manière - depuis 1967. À savoir que Jérusalem est occupée, que cette occupation est illégale, que la vocation de cette ville est de devenir la capitale de deux États et que cette solution doit être négociée par les deux protagonistes, Israël et la Palestine. Donald Trump, pour ne pas renvoyer une image d’isolement total sur la scène internationale, tente de mobiliser ses alliés les plus forts, mais on ne retrouve pas les Britanniques par exemple - ce qui est un fait marquant. Il ne faudrait pas céder à la campagne de communication politique et diplomatique - pour ne pas parler de propagande carrément - on reste sur des prises de position très marginales.

LCI.fr : Pourquoi ce "noyau dur" a-t-il suivi la ligne américaine ? Est-ce le résultat de pressions, notamment financières ou diplomatiques ?

Béligh Nabli, directeur de recherches à l'IRIS : C’est une stratégie qui a été assumée par l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, à savoir une prime au chantage financier. Il s’agit là d’une forme de violation d’un principe fondamental du droit international qui est la souveraineté des États. Les États n’ont pas à s’ingérer dans les positions internationales de leurs pairs, y compris via le levier de l’aide financière. On est dans une forme de stratégie agressive - et à la lisière de la légalité internationale. Cependant ce n’est certainement pas l’argument financier qui est la clé d’analyse la plus décisive. Les pays dont on constate le ralliement sont d’abord des alliés diplomatiques, politiques et je dirais idéologiques des Etats-Unis, et par le canal américain, d'Israël. Lorsque l’on voit des États comme le Soudan du sud ou l’Inde qui se sont abstenus lors de la résolution, cela démontre d’un alignement sur la thèse des néo-conservateurs. On a dans ces deux pays, des pouvoirs de nature nationaliste, qui s’inscrivent dans les doctrines conservatrices de choc des civilisations. Le gouvernement nationaliste hindou trouve ainsi des points de stratégie et de lecture commune avec la droite nationaliste israélienne et les Républicains pro-Trump. Il y a une lecture du monde qui rapproche ces pays.

LCI.fr : On peut faire la même analyse au niveau européen ?

Béligh Nabli, directeur de recherches à l'IRIS : Oui, c’est une grille de lecture qui explique également le rapprochement entre Israël et la Pologne, la Roumanie, etc. Ce n'est que la confirmation d’une dynamique déjà existante à savoir la fracture entre l’Europe de l’Est et l’Europe de l’Ouest. Vous avez d’un côté en Europe de l’Ouest des Britanniques voire même des Allemands qui a voté la résolution de l’Assemblée Générale des Nations Unies - et qui a donc refusé toute idée de transfert de leur ambassade - alors qu’ils sont des alliés traditionnels et privilégiés des Etats-Unis et vous avez de l’autre des Polonais ou des Roumains qui, aujourd’hui, sont tentés par un alignent sur la position américaine. On retrouve là la fracture qu’on constate par ailleurs sur d’autres dossiers européens comme le traitement des réfugiés ou la solidarité au sein de l’Europe.

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