"Trésor nazi" : Cornelius Gurlitt pourrait récupérer ses toiles de maîtres

"Trésor nazi" : Cornelius Gurlitt pourrait récupérer ses toiles de maîtres

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ALLEMAGNE - Longtemps en retrait, l'octogénaire allemand Cornelius Gurlitt, chez qui ont été trouvées près de 1500 oeuvres, dont certaines pourraient avoir été volées à des juifs sous les nazis, est passé à l'offensive mercredi en portant plainte contre la saisie de sa collection. Il pourrait bien en récupérer une grande partie.

"Je voulais juste vivre avec mes tableaux dans la paix et le calme". C'est par ces mots, publiés sur son site internet lancé mardi, que "le fantôme" Cornelius Gurlitt est sorti de l'ombre... pour mieux contre-attaquer. L'octogénaire solitaire, au cœur d'un feuilleton médiatique qui passionne l'Allemagne depuis la révélation de l'affaire en novembre, réclame aujourd'hui son précieux trésor : près de 1500 toiles et dessins, que son père Hildebrand a amassés avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, en profitant de ses liens avec le régime nazi.

S'y trouveraient des toiles de Manet, Monet, Renoir, Chagall ou encore Picasso... pour une valeur totale de plus d'un milliard d'euros. Cornelius Gurlitt vivait ainsi, au milieu des boîtes de conserves et de ces chefs d'oeuvres, reclus dans son appartement munichois, jusqu'à ce qu'une enquête pour fraude fiscale ne lui tombe dessus en 2011, le privant ainsi de sa "collection".

Un véritable casse-tête juridique

Bien déterminé à la récupérer, l'homme a engagé mercredi une procédure en justice contre cette saisie. L'affaire embarrasse la justice allemande. Et pour cause : une partie de ces œuvres (environ 500) aurait été volée ou extorquée à des familles juives, quand d'autres (400) auraient été saisies dans les musées comme faisant partie de ce que les nazis classaient dans la catégorie "Art dégénéré".

Qui sont les propriétaires légitimes aujourd'hui ? L'affaire vire au casse-tête outre-Rhin. Au point qu'une "loi Gurlitt" devrait être votée dans les prochaines semaines par le Parlement allemand. Objectif : supprimer la prescription de 30 ans dont peuvent se prévaloir les personnes en possession d'oeuvres d'origine "douteuse" et permettre ainsi aux familles juives pillées pendant la guerre de retrouver leur bien. Sauf que jusqu'alors, seuls six ayant-droits potentiels ont été retrouvés. Pour trouver tous les autres, un véritable bataillon d'historiens de l'art a été missionné par l'Etat allemand.

Il n'en demeure pas moins qu'une grande partie des oeuvres à été achetée, parfois à des prix dérisoires, par le père de Gurlitt durant la guerre. Et aucune loi ne pourra rien changer : elles appartiennent de fait à son héritier. Plus de la moitié des 1500 chefs d'oeuvres pourrait donc bien, au final, retrouver la place occupée durant le demi-siècle passé : roulés dans un meuble à tiroirs, au milieu d’une pièce de trente mètres carrés.

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