Ex-Yougoslavie : le "boucher des Balkans" condamné à la perpétuité

International
DirectLCI
VERDICT – Ratko Mladic, 74 ans, a été condamné mercredi par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie à la prison à vie. 22 ans après le conflit qui a fait plus de 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés, l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie a été jugé coupable de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité, notamment pour le massacre de Srebrenica. Selon son fils, le "boucher des Balkans" va faire appel.

Le couperet est tombé. Ratko Mladic, surnommé le "boucher des Balkans", a été condamné ce mercredi à la prison à perpétuité pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de La Haye, aux Pays-Bas, notamment pour sa responsabilité dans le massacre de milliers de musulmans à Srebrenica en 1995. Près de 22 ans après la guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-1995) qui a fait plus de 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés, l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, qui, selon son fils, va faire appel de sa condamnation, était le dernier accusé jugé en première instance par TPIY, créé en 1993 et qui doit fermer définitivement ses portes le 31 décembre prochain. 


"Les crimes que vous avez commis figurent parmi les plus odieux jamais connus", a souligné le président de la cour, pour qui "le jugement d'aujourd'hui est une étape importante dans l'histoire du tribunal et pour la justice internationale". Qualifiant Ratko Mladic de "la quintessence du mal" ayant "présidé à certains des crimes les plus sombres survenus en Europe depuis la Deuxième Guerre Mondiale", l'ONU a estimé, par la voix de son haut-commisaire aux droits de l'homme, qu'il s'agissait là d'"une victoire capitale pour la justice". Le président serbe Aleksandar Vucic a, lui,  appelé ses compatriotes à "regarder vers l'avenir", recommandant de "penser à [leurs] enfants, à la paix, à  la stabilité dans la région" mais aussi à "revitaliser les usines, inaugurer des bâtiments au lieu de [s']étouffer dans les larmes du passé."

En vidéo

ARCHIVES - 20 ans après, la Bosnie commémore dans la douleur le massacre de Srebrenica

Les Balkans toujours fracturés

Âgé de 74 ans, tortionnaire pour les uns, héros pour les autres, celui qui divise toujours autant sa région d’origine a finalement déjoué les pronostics en se rendant à la conclusion de son procès malgré une santé physique et mentale bringuebalante, selon ses défenseurs. Seule une pause de près d'une heure, ordonnée en raison de l'agitation de Ratko Mladic, aura perturbé l'audience qui a fini par reprendre  sans lui. Victime de trois accidents vasculaires cérébraux ces dernières années, l'accusé "peut mourir à tout moment", avait prévenu son avocat Dragan Ivetic, doutant même que son client, qui n’a jamais concédé une quelconque culpabilité, puisse "comprendre de manière significative" la portée du verdict. 


Arrêté et transféré à La Haye en 2011, Ratko Mladic a été inculpé le 25 juillet 1995, quelques jours à peine après le massacre de près de 8000 hommes et garçons musulmans à Srebrenica. Lui étaient également reprochés l'enlèvement d'employés des Nations unies et le siège de Sarajevo, long de 44 mois, au cours desquels 10.000 personnes ont été tuées, des civils pour la plupart. Son procès, étalé sur cinq ans, aura réclamé 523 jours de procédure. "Nous sommes les témoins vivants et nous avons besoin de découvrir la vérité", faisait valoir mardi Munira Subasic, présidente de l'association des Mères des enclaves de Srebrenica et de Zepa. Ce mercredi, elle s'est dite "partiellement satisfaite" du verdict. "Sans justice, il n'y a pas de confiance, sans confiance, il n'y a pas de réconciliation", déclarait-elle encore la veille.  

Ratko Mladic restera aux yeux de la plupart des Serbes un héros alors que pour d'autres c'est un boucher, un criminel, et on continuera à vivre ici, côte à côte mais pas ensembleAlmir Salihovic, 10 ans au moment du massacre de Srebrenica

Cette reconciliation semble pourtant toujours aussi difficile à atteindre. Car "la haine née" dans les années 1990 "sera difficilement déracinée", remarque Momcilo Krajisnik, ex-président du Parlement des Serbes de Bosnie. Même son de cloche pour Almir Salihovic, 10 ans à l'époque du massacre, qui avait été oblité de fuir dans les bois en compagnie de son père et de son frère alors que les soldats serbes leur tiraient dessus. S'il confiait, avant le procès, que le jugement "donnera un peu de baume au coeur des victimes", il estimait surtout que les ruptures perdureront. Ratko Mladic "restera aux yeux de la plupart des Serbes un héros alors que pour d'autres c'est un boucher, un criminel, et on continuera à vivre ici, côte à côte mais pas ensemble", disait-il résigné. Et de fait, au vu des divisons de la société, le doute est permis. Après avoir mis en accusation 161 personnes – dont Radovan Karadzic, l’alter ego politique de Mladic – une page importante se tourne indéniablement, mais pas sûr que le verdict ne permette d’apaiser une région toujours fracturée. 

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter