Trois choses à savoir sur l'élection présidentielle en Tunisie, organisée ce dimanche

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SCRUTIN - Sept millions d'électeurs sont appelés à voter dimanche à l'occasion d'une présidentielle anticipée très incertaine, consécutive au décès du président Béji Caïd Essebsi en juillet. On vous aide à comprendre ce qu'il se passe au pays qui a inspiré le Printemps arabe.

Une élection bourrée d'inconnues, vingt-six candidats en lice, dont un favori qui fait campagne depuis sa cellule de prison. Plus de sept millions de Tunisiens sont appelés aux urnes ce dimanche à l'issue d'une campagne anticipée et particulièrement tendue de treize jours qui a fait suite au décès du président Béji Caïd Essebsi, en juillet dernier. 

Dans un contexte de crise sociale, de chômage et d'inflation persistante, le pays qui a inspiré le Printemps arabe doit à nouveau se choisir un destin, entre des candidats aux lignes politiques parfois difficiles à discerner. 

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Quel est le calendrier du scrutin ?

Organisée moins de deux mois après le décès du président Essebsi, à 92 ans à Tunis, l'élection présidentielle tunisienne - la deuxième organisée au suffrage universel direct depuis la révolution de 2011 - prévoit un scrutin à deux tours. Si aucun des candidats n'obtient la majorité absolue ce dimanche, un second tour devra être organisé. 

La présidentielle était initialement prévue à la fin du mandat du président Essebsi, le 17 novembre 2019. Ce scrutin anticipé a une conséquence : le premier tour de la présidentielle précède désormais les élections législatives (prévues le 6 octobre), tandis que l'éventuel second tour de la présidentielle ne devrait être organisé qu'après les législatives. Autre conséquence : alors que la campagne officielle pour la présidentielle s'achevait le 13 septembre, la campagne pour les législatives a commencé le même jour.

Qui sont les principaux candidats ?

Dans ce scrutin annoncé comme incertain, figure notamment le Premier ministre Youssef Chahed, à la tête du gouvernement depuis 2016, un modéré de 40 ans au bilan économique et social contesté, et accusé par ses opposants d'avoir instrumentalisé la justice pour écarter l'un de ses rivaux, Nabil Karoui. Son tandem avec le président Essebsi s'est mu en affrontement à la tête du pouvoir, sur fond de rivalité politique. 

Parmi les candidats figure également le ministre de la Défense Abdelkarim Zbidi, un technocrate de 69 ans précipité sur le devant de la scène par Béji Caïd Essebsi peu avant son décès, mais souffrant également d'impopularité. 

L'un des favoris du scrutin, Nabil Karoui, fait campagne depuis sa cellule de prison où il est incarcéré depuis le 23 août, soupçonné de blanchiment et de fraude fiscale. Ce dernier accuse le Premier ministre sortant d'avoir voulu le mettre à l'écart avec ces démêlés judiciaires. Ce magnat des médias aux accents populistes et "antisystème", comparé à l'Italien Berlusconi, a le vent en poupe. Il s'est fait connaître en distribuant des produits, notamment électroménagers, aux habitants de territoires marqués par la pauvreté. 

L'élection anticipée a en outre précipité sur le devant de la scène la candidature d'Abdelfattah Mourou, du parti islamiste Ennahda, qui privilégiait initialement les élections législatives, affaibli depuis sa participation à la coalition au pouvoir. 

Parmi les principaux candidats figure également l'universitaire conservateur Kais Saied, 61 ans, favorable à une révision du processus démocratique, partisan de la peine de mort et hostile aux homosexuels. Est également en lice une femme de 43 ans, l'avocate Abir Moussi, opposante aux islamistes et prônant le retour à un régime présidentiel comparable à celui de l'ancien président Ben Ali. 

Quels sont les principaux enjeux ?

Alors que la révolution occupait les débats lors de la première élection libre de 2011, et que la présence des islamistes était au coeur du scrutin de la présidentielle de 2014, les Tunisiens sont désormais préoccupés avant tout par la situation économique et sociale du pays, marqué par l'inflation et dont la jeunesse fait face à un chômage endémique. Au cours des dernières années, de nombreux Tunisiens ont vu leur pouvoir d'achat diminuer. 

Contrairement aux précédents scrutins, marqués par les vagues d'attentats qui ont traumatisé le pays, la sécurité n'est plus en tête des préoccupations des Tunisiens. 

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