"Trump a fait du Trump pour un public réclamant du Trump" : retour sur une sortie d'hôpital savamment orchestrée

"Trump a fait du Trump pour un public réclamant du Trump" : retour sur une sortie d'hôpital savamment orchestrée

INTERVIEW - Le président américain a mis en scène son retour à la Maison Blanche lundi soir. Arrivée en hélicoptère, montée des marches vers le balcon de la présidence, masque ostensiblement enlevé avant de lever les pouces... Aucun détail n'a été oublié, comme nous l'explique Lauric Henneton, spécialiste des Etats-Unis.

Un retour en grande pompe. Encore malade du coronavirus, Donald Trump a quitté lundi l'hôpital direction la Maison Blanche où le républicain s'est livré à un show postant ses propres images sur son compte twitter : après une arrivée en hélicoptère, il a traversé la pelouse en saluant les caméras qui l'attendaient avant de grimper les marches vers le balcon de sa résidence.  Une mise en scène qui ne doit rien au hasard, comme l'explique à LCI Lauric Henneton, maître de conférences en politique et histoire des Etats-Unis à l'université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

Quelle est le message que veut faire passer Donald Trump à travers cette mise en scène hollywoodienne ?

C'est très "trumpien", dans la lignée de cet homme ayant connu la téléréalité et qui a fait sa déclaration de campagne en 2015 en descendant d'un escalator doré. On est vraiment dans du Trump qui fait du Trump pour un public réclamant du Trump. Son public veut un leader fort, "un homme un vrai". Il avait le choix entre opérer un virage à 180° en jouant la carte de l'empathie ("j'ai changé, j'ai compris") mais il aurait perdu ses soutiens les plus fervents qui demandent une sorte de mâle alpha. 

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"Trump était furieux de la cacophonie"- Lauric Henneton

On a entendu tout et son contraire ce weekend concernant l'état de santé de Donald Trump, avant qu'il ne tente de reprendre la main lundi, publiant une avalanche de tweets et de vidéos. Cette surenchère cherche-t-elle à dissimuler d'éventuels couacs ?

Même si la communication des médecins était relativement gérée, celle de Donald Trump a été mal maîtrisée. Des informations sont sorties, il y a eu du off de la part de son chef de cabinet Mark Meadows… Trump était furieux de cette cacophonie, lui qui a un sens du timing et de la communication. Il a en effet compris que la grande "lessiveuse" de l'information faisait place nette très fréquemment. 

Le fait d'avoir une communication très superlative et très excessive lui permet de faire l'actualité. En jouant sur l'indignation, il chasse l'actualité de l'heure précédente, mais aussi la cacophonie de la veille qu'il avait provoquée. On a déjà l'impression que le débat face à Joe Biden ou les révélations sur ses impôts ont eu lieu il y a une éternité, alors que c'était il y a quelques jours…

Sa campagne de 2016 ressemblait déjà à cela : il jetait un pavé dans la mare, toutes les rédactions étaient à fond dessus, oubliant de parler de ses adversaires et lui permettant d'avoir de la publicité gratuite. 

"Pour ceux qui le détestent, il est perçu comme un danger sanitaire ambulant"- Lauric Henneton

Vaincre le virus ne serait-il pas le meilleur argument de campagne à un mois de l'élection ?

Cela dépend pour qui. Pour ses fans, cela ne fait que conforter ce qu'ils savaient déjà. Pour ceux qui le détestent, cela renforce son côté imprudent, irresponsable voire dangereux. Notamment depuis quelques heures, lui qui est perçu comme un danger sanitaire ambulant : porteur du virus, il n'a pas de masque et fait un tour en voiture, mettant en danger son entourage.  Au final, il reste très peu de monde à convaincre. C’est-à-dire ceux qui voudraient bien voter pour lui mais n'adhèrent pas à tout. Et de l'autre ceux qui ne veulent pas voter Biden mais ne sont pas non plus prêts à voter Trump. 

La dernière catégorie, ceux qui disent aux sondeurs "non je n'irai pas voter", sont très peu. Le pari de Donald Trump consiste à dire que les sondeurs ne les atteignent pas, ne les mesurent pas. Il y aurait des "bataillons" d’Américains en marge du système politique. Une majorité silencieuse que personne ne verrait venir, que ce soit CNN, l' élite côtière ou les instituts de sondage. Et qu'il veut atteindre. Cette stratégie peut sembler un peu désespérée, mais de la part d'un magnat des casinos… Il est dans le rôle du joueur qui joue à quitte ou double.

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