Trump et Macron veulent un "nouvel accord" sur l'Iran... mais pas forcément le même

DIPLOMATIE - Emmanuel Macron et Donald Trump, réunis à Washington, ont affirmé leur volonté de parvenir à un nouvel accord international sur l'Iran. Mais que va devenir l'actuel accord ? Sur ce point, les deux présidents semblent irréconciliables.

D'un côté, il y a un accord sur l'Iran que tout le monde aimerait préserver, sauf les États-Unis. De l'autre côté, il y a un "nouvel accord" sur l'Iran évoqué par Donald Trump et Emmanuel Macron mais qui est jusqu'ici très évasif, voire hypothétique. Voici l'équation complexe que doit résoudre la communauté internationale. 


Donald Trump et Emmanuel Macron ont en effet évoqué mardi leur volonté de parvenir à un nouvel accord avec l'Iran, mais actent leur désaccord sur l'actuel accord, conclu difficilement en 2015 et qui doit encadrer les activités nucléaires de l'Iran. Cet accord semble aujourd'hui fragilisé par les déclarations des présidents français et américains.

Revenons en 2015. L'Iran et le groupe "5+1" (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Russie) parviennent, après 12 ans de négociations, à s'entendre sur un encadrement du programme nucléaire iranien. Ils signent l'accord de Vienne qui interdit pendant 10 à 15 ans la production de combustible nucléaire à usage militaire, encadre son usage civil, et instaure des inspections renforcées contre une levée progressive des sanctions (embargos, gels d'avoirs) qui freinaient le développement économique de l'Iran.

Personne ne sait ce que je vais faire le 12 maiDonald Trump

L'accord, globalement salué par la communauté internationale, est jusqu'ici respecté. Mais entre temps Donald Trump a été élu président des États-Unis. Et il n'aime pas cet accord. Il promet pendant sa campagne de "déchirer" l’accord de Vienne, qualifié de "pire accord jamais négocié". Le président américain reproche notamment à cet accord de ne pas encadrer le programme balistique non-nucléaire de Téhéran, et d'ouvrir la voie à un nouveau programme nucléaire après 2025.


Une fois élu, Donald Trump refuse de certifier l'accord et donne jusqu'au 12 mai aux Européens pour le durcir. Dans le cas contraire, les États-Unis pourraient en sortir et, donc, rétablir les sanctions contre l'Iran. Les autorités iraniennes menacent, dans ce cas, de reprendre de plus belle l'enrichissement d'uranium.


C'est dans ce contexte tendu que s'effectue la visite d'État d'Emmanuel Macron aux États-Unis. Dimanche, le président français a affirmé sur Fox News qu'il n'avait "pas de plan B pour le nucléaire contre l'Iran" si les Etats-Unis sortent de l'accord. Lundi soir, il fait passer un message à Donald Trump : "Ne quittez pas l'accord tant que vous n'avez pas de meilleure option pour le nucléaire, et complétons-le."

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Mardi, Emmanuel Macron précise sa position : "Nous souhaitons pouvoir désormais travailler sur un nouvel accord avec 

l'Iran", a déclaré le président français. "On ne déchire pas un accord pour aller vers nulle part, on construit un nouvel accord qui est plus large", a-t-il complété. Ce "nouvel accord", dit-il, permettrait d'aborder "tous les sujets de la région" : le programme nucléaire iranien à moyen terme (ce qui est déjà prévu par l'accord de Vienne), le programme nucléaire iranien "à long terme" (donc après 2025), le programme balistique non-nucléaire (considéré comme une menace par les rivaux de Téhéran), et une "solution politique qui contiendrait l'Iran dans la région, au Yémen, en Syrie, en Irak et au Liban". 


Quant à Donald Trump, il a continué à faire planer le suspense sur sa décision du 12 mai : "Personne ne sait ce que je vais faire le 12", a-t-il déclaré. "Je pense que nous aurons une super occasion de faire un bien plus gros accord, peut-être. (...) Mais on verra. On verra si je fais ce à quoi certains s'attendent. Si oui ou non il sera possible de faire un meilleur accord, avec des fondations solides."


Conclusion : rien n'indique que Washington finisse par accepter l'actuel accord, et rien n'indique que Téhéran en accepte un nouveau. La situation est ainsi résumée par Rob Malley, l'ex-conseiller de Barack Obama, désormais président de l'International Crisis Group : "Si Trump est d'accord pour respecter l'accord sur le nucléaire iranien et si le sort de ce dernier ne dépend pas de l'issue des négociations sur un autre accord séparé, plus large (et assez improbable) avec l'Iran (...) alors cela représenterait quelque chose", a-t-il commenté sur Twitter, tout en ajoutant que "cela fait beaucoup de 'si'".

En attendant des précisions sur la position américaine, mais aussi sur la position française, la communauté internationale défend quasi-unanimement l'accord de Vienne. Le premier concerné, Téhéran, a rejeté toute idée de renégociation. "Ils disent, avec un certain dirigeant d'un pays européen, qu'ils veulent prendre une décision sur un accord conclu à sept", a déclaré Hassan Rohani, le chef d'Etat iranien, à la télévision publique. "Pour quoi faire ? De quel droit ?" 


Pour Moscou également, l'accord actuel sur le nucléaire iranien est "sans alternative", a déclaré mercredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Quant à la cheffe de la diplomatie de l'UE, Federica Mogherin, elle estime que cet accord fonctionne et "doit être préservé".

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