Tuerie de Charleston : "Si c'était un Noir qui avait tiré sur des Blancs, on aurait spontanément parlé de terrorisme"

Tuerie de Charleston : "Si c'était un Noir qui avait tiré sur des Blancs, on aurait spontanément parlé de terrorisme"

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DÉCRYPTAGE — Alors que Dylann Roof, inculpé pour l'assassinat de neuf personnes à Charleston (États-Unis), vient d'avouer avoir voulu “déclarer une guerre raciale”, certains s'étonnent de ne pas le voir décrit comme un terroriste. C'est que ce mot, éminemment politique, ne bénéficie d'aucune définition unanime.

Le "tueur", le "forcené", le "tireur". Tous les autres termes sont bons pour éviter d'employer le mot qui fâche. Depuis mercredi et le massacre de neuf personnes dans une église de la communauté noire de Charleston, les médias peinent à qualifier Dylann Roof, qui a avoué être l'auteur des faits, de "terroriste".

De savantes périphrases qui n'ont pas échappé aux twittos du monde entier. Sur le réseau social à l'oiseau bleu, ils sont très nombreux à s'indigner de ce jeu sur les mots, qu'ils estiment à “géométrie variable”.

"Dylan Roof est peut-être dérangé, mais tous les meurtriers sont dérangés. N'oublions pas que Dylan Roof est un meurtrier et un terroriste, maladie mentale ou pas."

"Dylan Roof n'est pas un enfant perdu. C'est un terroriste. Il a essayé d'initier une guerre en tuant neuf personnes innocentes."

Militante et fondatrice de l'association antiraciste Les Indivisibles, Rokhaya Diallo porte elle aussi un regard sceptique sur le vocabulaire employé dans la presse, depuis que l'attentat a eu lieu. Elle confie à metronews : "Ttoute cette histoire, ça me procure exactement le même sentiment que lors de la tuerie perpétrée par Anders Breivik en Norvège, en 2011. Les médias l'avaient appelé: 'Le tueur aux yeux bleus'. Quand les tueurs sont blancs, on va automatiquement chercher à les humaniser en fouillant dans leur passé, en expliquant leur geste par une maladie mentale... Bref, on va les traiter comme des tueurs isolés et pas comme des terroristes."

Pourtant, d'après la définition qu'en donne le FBI, l'acte de Dylann Roof correspond à du terrorisme domestique. En voici la traduction, trouvée sur le site officiel : "le terrorisme domestique correspond à des activités comportant les trois caractéristiques suivantes : il induit des actes violents ou dangereux pour la vie humaine qui violent la loi de l'Etat, il a pour but d'intimider, de faire pression sur une population de civils ou d'affecter la conduite d'un gouvernement par la destruction de masse, l'assassinat ou le kidnapping. Enfin, il se déroule sur le territoire des Etats-Unis."

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Alors pourquoi tant de réticences à parler de terrorisme, alors même que Dylan Roof a confessé, ce vendredi, avoir voulu par son geste "déclarer une guerre raciste" ? D'abord parce que, tout bêtement, il n'existe aucune définition unanime et internationale du mot. Ce qui laisse davantage de place à l'appréciation de chacun. Ensuite parce que le terme "terrorisme" est éminemment politique.

Jean-Luc Marret, maître de recherches à la Fondation Recherche Stratégique (FRS), explique ainsi : "il suffit de regarder comment la liste des organisations terroristes change selon les pays pour comprendre à quel point ce mot est politique. En Russie, en Chine ou aux Etats-Unis, on ne va pas pointer les mêmes groupes du doigt. Par exemple, aux Etats-Unis, on est indulgent à l'égard des Irlandais nationalistes, parce qu'ils représentent un groupe d'intérêt très fort." Mais tout n'est pas question de vocabulaire. Pour Rokhaya Diallo, le vrai problème se situe dans la réaction populaire : "je pense que si un Noir avait tiré sur des Blancs, on aurait spontanément parlé de terrorisme."

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