Tueries de masse : Trump condamne les jeux vidéo et le racisme mais reste figé sur le contrôle des armes

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Tueries d'El Paso et Dayton

COMPTE-RENDU - Dans une allocution d'une dizaine de minutes, Donald Trump s’est adressé à la nation, le 5 août, après que deux tueries de masse ont frappé les Etats-Unis, faisant au moins 31 morts. Condamnant le "suprémacisme blanc", dont se réclame le terroriste d'El Paso, le rôle d'internet et des réseaux sociaux dans cette "culture de la violence", le président s'est gardé d'annoncer un plus grand contrôle des armes.

"Notre nation doit condamner d'une seule voix le racisme." Donald Trump s’est adressé à la nation lundi 5 août, au lendemain et au surlendemain des 250e et 251e fusillades de masse qui ont eu lieu aux Etats-Unis en 2019. Après avoir essentiellement communiqué sur Twitter tout au long du week-end, le président des Etats-Unis a réalisé une courte allocution télédiffusée depuis la Maison Blanche, où les drapeaux étaient en berne. Malgré un discours pré-écrit qui n’a duré qu’une dizaine de minutes, le chef d’Etat a réalisé un exercice d’équilibriste, quitte à accumuler les paradoxes, selon de nombreux analystes sur place.

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Le milliardaire Républicain a tout d’abord adressé ses condoléances à "la communauté mexicaine", visée par le tireur d’El Paso, une ville texane à la frontière du Sud, ainsi qu'aux proches des victimes. De quoi le pousser à appeler à "l’union nationale" pour "condamner la haine et la suprémacie blanche d'une seule voix". Une demande qui répond aux critiques qui fusent depuis samedi. Alors qu'il a maintes fois été accusé de racisme, notamment par ses opposants politiques, il a, sans surprise, été la cible de nombreux élus démocrates qui l'accusent d’avoir "attisé" le nationalisme blanc avec sa rhétorique anti-immigration. 

En retour, Trump, qui a qualifié les fusillades de "crimes contre l'humanité", assure donc vouloir agir contre les personnes "consommées d'une haine raciste". Une haine qui "dévore les âmes et détruit les cœurs". Et ce, non pas en contrôlant les armes - il est soutenu par le puissant lobby américain des armes à feu, la NRA, opposé au moindre regard sur le port d'armes, et ne s’en est d’ailleurs jamais caché -, mais en s’attaquant au rôle que joueraient internet et les jeux vidéo dans la fomentation des fusillades. Car, selon lui, "ce sont ces personnes qui mènent aux actes violents, et non pas les armes."

Depuis l’une des salles de réception, le président a insisté sur son désir "d’arrêter l'idéalisation de la violence dans notre société". Et ce en s’y prenant d’abord à internet, qui aurait le pouvoir de "radicaliser" des "esprits perturbés". Une responsabilité qui serait partagée avec des jeux vidéo "atroces et sinistres". "Il est trop facile aujourd'hui pour les jeunes en difficulté de s'entourer d'une culture célébrant la violence", a-t-il ainsi plaidé.

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Alors pour celui qui est à la tête du pays depuis 2017, il faut agir en amont, en interdisant l’accès aux armes pour les "personnes identifiées comme déséquilibrées", lutter ensuite contre le "passage à l’acte" en "réduisant significativement" les jeux vidéo qui "célèbrent la violence" et enfin la sanctionner avec la peine capitale. Ce sont en tous cas ces pistes qu’il a avancées. 

Dans un premier temps, le président veut donc mieux "agir face aux signes précurseurs" de violence en réformant les "lois de santé mentale". Il veut par exemple interdire aux personnes "identifiées comme déséquilibrées" - notamment par des membres de la famille - d’accéder aux armes mais aussi permettre aux autorités de les leur retirer. Et, une fois le passage à l’acte réalisé, le président républicain a indiqué avoir "ordonné" au ministère américain de la Justice de proposer une loi "garantissant que ceux qui commettent des crimes motivés par la haine et des tueries de masse soient passibles de la peine de mort". Une sanction dont il veut une application "rapide, avec détermination et sans des années de délai inutile".

Une allocution vivement critiquée

Lors de cette allocution télédiffusée, le président n’a cependant pas du tout évoqué la possibilité de mieux vérifier les antécédents des personnes souhaitant acheter des armes à feu, qu’il souhaitait pouvoir coupler à "une réforme migratoire urgemment nécessaire", comme annoncé sur Twitter. Les médias, qu’il avait accusés d’avoir "grandement contribué à la colère et la rage qui se sont développées" aux Etats-Unis, n’ont donc pas hésité à le lui rappeler. Et à être très critique envers les mots choisis par le locataire de la Maison Blanche.

Notamment le Washington Post, qui relève un paradoxe : celui d'une personne critique envers le racisme tout en étant le "mégaphone" de cette "idéologie nationaliste". "Le discours de Trump serait risible s’il n’était pas si énervant", titre ainsi une éditorialiste du quotidien. Le New York Times, souligne, lui, un autre paradoxe dans son édition du jour : celui d’une critique de la place des réseaux sociaux dans la diffusion de la haine sans en reconnaître "sa propre utilisation". Le quotidien dénonce également l’absence de proposition quant à des "mesures de contrôle des armes à feu à un sens plus large". Une réforme demandée depuis des décennies par des militants et des survivants et plus récemment par certains conservateurs, comme le magazine préféré du magnat de l’immobilier. Habituellement pro-Trump, le New York Post a interpellé le président en lui demandant d'interdire les fusils d'assaut, ces armes de guerre utilisées dans les attaques de ce week-end. Cette Une serait-elle le signe que le vent commence à tourner ?

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