Turquie : cinq choses à savoir sur la basilique Sainte-Sophie qui pourrait devenir une mosquée

Musée Sainte-Sophie à Istanbul. Le plus haut tribunal de Turquie s'est réuni le 2 juillet 2020 pour délibérer sur la possibilité de transformer le musée en mosquée.

Photo aérienne prise le 28 juin 2020
International

PATRIMOINE - Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé vendredi l'ouverture de l'ex-basilique Sainte-Sophie à Istanbul aux prières musulmanes après qu'un tribunal a ouvert la voie à sa transformation en mosquée en annulant son statut actuel de musée. LCI revient sur ce qu'il faut savoir de ce monument historique.

Le plus haut tribunal de Turquie a ouvert vendredi la voie à la transformation en mosquée de l'ex-basilique Sainte-Sophie, l'un des symboles d'Istanbul, qui fut transformée en musée dans les années 1930.

 Voici cinq choses à savoir sur ce monument classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, surnommée "La merveille des merveilles" et dont la destination fait régulièrement l'objet de controverses. 

Une histoire mouvementée

Le très bel ouvrage a été construit au VIe siècle sous l'empereur byzantin Justinien. Sainte-Sophie est aujourd'hui considérée comme l'un des héritages les plus importants de l'époque byzantine. Après la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453, la basilique a été convertie en mosquée.  Mais après l'effondrement de l'Empire au sortir de la Première Guerre mondiale, le président de la jeune République turque Mustafa Kemal décide, en 1934, d'en faire un musée.

Quel est son statut actuel?

Jusqu'à aujourd'hui, et la décision du Conseil d'état turc révoquant son statut, Sainte-Sophie est un musée qui est visité par des millions de touristes chaque année. L'an dernier, c'était même l'attraction touristique la plus visitée de Turquie, avec 3,8 millions de personnes.

Néanmoins, Sainte-Sophie a été le théâtre de plusieurs activités liées à l'islam ces dernières années.  En 2018, le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan y a par exemple lu un verset du Coran.

Pourquoi maintenant?

La décision annoncée vendredi est l'aboutissement d'un long processus judiciaire. En 2018, la Cour constitutionnelle a rejeté la requête d'une association turque qui demandait la réouverture de Sainte-Sophie au culte musulman. Mais le débat actuel intervient dans un contexte où Erdogan cherche par tous les moyens à rallier sa base conservatrice, dont une partie l'a boudé lors d'élections municipales remportées l'an dernier par l'opposition à Istanbul et Ankara.

Le principal parti d'opposition, le CHP (social-démocrate), accuse le président turc d'instrumentaliser Sainte-Sophie pour faire oublier la mauvaise situation économique actuelle. "Sainte-Sophie est probablement le symbole le plus visible du passé ottoman de la Turquie et Erdogan l'instrumentalise pour galvaniser sa base et toiser ses rivaux à la maison comme à l’étranger", explique Anthony Skinner, du cabinet de consultants Verisk Maplecroft.

Les Etats-Unis, ainsi que la Grèce et la Russie qui suivent de près le sort de l'héritage byzantin en Turquie, ont exprimé leur préoccupation.

Quid des visiteurs?

En cas de reconversion, les touristes de toutes confessions pourront toujours pénétrer dans l'enceinte de Sainte-Sophie. La Mosquée bleue voisine reçoit ainsi de nombreux visiteurs chaque jour. 

Mais le cas de l'église Sainte-Sophie à Trabzon (nord-est de la Turquie), reconvertie en mosquée en 2013, donne à réfléchir.

"Le nombre de visiteurs a drastiquement chuté après sa reconversion (...), notamment parce qu'ils ne pouvaient plus admirer les fameuses fresques de l'église", souligne Tugba Tanyeri Erdemir, chercheuse à l'Université de Pittsburgh citée par l'AFP,  ajoutant que cette décision a eu des retombées négatives pour les habitants vivant du tourisme.

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