Turquie : "Erdogan pense qu'il peut mener le pays comme il le veut"

Turquie : "Erdogan pense qu'il peut mener le pays comme il le veut"
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INTERVIEW - La dramatique explosion, mardi, dans la mine de Soma (ouest de la Turquie), qui a fait au moins 282 morts, a provoqué des manifestations de syndicalistes hostiles au pouvoir du Premier ministre islamo-conservateur, Recep Tayyip Erdogan, un an après la mobilisation place Taksim, à Istanbul. Dorothée Schmid, responsable du programme Turquie contemporaine au sein de l'Institut français des relations internationales (Ifri), a répondu aux questions de "metronews" sur les risques d'un nouvel embrasement dans le pays.

Un an après les événements de Taksim, le drame de Soma peut-il remettre le feu aux poudres en Turquie ?
Depuis un an, il y a régulièrement des mobilisations en Turquie sur des sujets très différents. Cela révèle une crise de confiance très forte d'une partie de la population envers le gouvernement de Recep Erdogan. Mais il ne faut pas oublier que l'AKP a assez largement remporté les élections municipales de mars. Donc toute la Turquie n'est pas dans l’opposition.

Le fait que des syndicalistes manifestent après les étudiants ne peut-il pas avoir un effet mobilisateur ?
La croissance économique de la Turquie ces dernières années a affaibli la parole syndicale qui était dans le passé très politisée en Turquie. Pour que la mobilisation prenne de l'ampleur, il faudrait que les partis politiques d’opposition s'unissent. Ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui. Il n'y a qu’à voir les difficultés qu'ils éprouvent pour trouver un candidat crédible face à Erdogan en vue de l’élection présidentielle d'août.

Erdogan a-t-il, selon vous, pris la mesure de la colère exprimée l'an dernier ?
Après Taksim, c'est l'impression qu'il a donnée mais en réalité les épisodes qui ont suivi ont donné lieu à des contre-offensives très violentes de sa part, qui ne lui ont pas fait perdre les élections. Cela l'a conforté dans l'idée qu'il peut mener le pays comme il le veut.

Est-ce le cas ?
A mon sens, tout dépendra de la croissance économique de la Turquie. Les dernières crises ont soit pointé le problème de la spéculation immobilière effrénée à Istanbul, soit mis en lumière l'économie grise et les problèmes de corruption. Aujourd'hui, le drame de la mine soulève la question du développement à tout prix, qui se fait au détriment des conditions de travail et de la sécurité des travailleurs. Des problèmes dénoncés depuis six mois déjà par les mineurs. Dans ce contexte, si le pays connaît une baisse de régime au niveau économique, cela pourrait renforcer les rangs de la contestation politique.

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