Turquie : l’assassinat de l’ambassadeur russe va-t-il mettre le feu aux poudres ?

International

DÉCRYPTAGE - L'éclatement d'un conflit entre la Russie et la Turquie a été redouté lundi soir après l'assassinat d'Andreï Karlov à Ankara. Quelles peuvent-en être les conséquences, alors que les relations entre les deux pays se sont améliorées ces dernières semaines ?

La mort d'Andreï Karlov peut-elle déclencher un conflit international ? C'est la question que se posaient de nombreux internautes lundi soir. Avec un précédent en tête : l’assassinat de l’archiduc d’Autriche François-Ferdinand en 1914, qui avait précipité le monde dans la Première Guerre mondiale. Un événement qui, s'il présente des similitudes avec l'attaque d'Ankara, ne devrait pas provoquer un tel séisme diplomatique. 

Pour rappel, la visite de l'archiduc intervenait dans un contexte particulier, celui de tensions entre l'Autriche et la Serbie. Des tensions qui n'avaient pas empêché l'archiduc de se rendre à Sarajevo pour superviser des manœuvres militaires, perçues comme une provocation par la minorité serbe. Son archiduc assassiné, le gouvernement autrichien avait déclaré la guerre à la Serbie, tenue pour responsables. Les autres nations, liées par leurs alliances, avaient alors basculé dans la guerre.

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"Il se peut que l'objectif des terroristes ait été de se venger de la Russie"

Un siècle plus tard, un tel scénario paraît très peu probable. Les relations entre la Russie et la Turquie s'étaient brutalement envenimées en novembre 2015, au moment de la destruction par l'aviation turque d'un avion militaire russe au-dessus de la frontière syro-turque. Mais depuis cet incident,  elles connaissent une embellie. Ce que la presse russe a d'ailleurssouligné ce mardi : "Il se peut que l'objectif des terroristes ait été de se venger de la Russie pour ses actes en Syrie et de faire échouer le rapprochement russo-turc", écrit le quotidien Kommersant. Avant d'ajouter : "Compte tenu des premières déclarations des responsables des deux pays, cet objectif ne s'est pas réalisé".

En effet, Vladimir Poutine a lui-même joué la carte de l'apaisement, estimant lundi soir qu'il s'agissait d'une "provocation". Le but de cette dernière selon lui ? "Perturber la normalisation des relations russo-turques et le processus de paix en Syrie auquel contribuent activement la Russie, la Turquie et l'Iran". Signe que les deux pays ont rangé – temporairement du moins – leurs différends, le président russe a précisé que Moscou envoyait des enquêteurs à Ankara, après avoir reçu pour cela le feu vert du président turc Recep Tayyip Erdogan lors d'un échange téléphonique.

En outre, les deux pays venaient tout juste de trouver un compromis alors qu'ils s'opposent sur le dossier syrien depuis des mois. Pour rappel, la Russie est le principal allié du régime syrien, alors que la Turquie soutient les rebelles qui cherchent à le renverser. Autre signe d'une poursuite du dialogue entre les deux Etats : le chef de la diplomatie turque n'a pas annulé sa visite à Moscou, où il doit s'entretenir mardi de la situation en Syrie avec ses homologues russe et iranien.

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