Turquie : les dérives autoritaires du président Erdogan

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SUPER-PRESIDENCE - Alors qu’un putsch mené par des militaires rebelles a tenté dans la nuit de vendredi à samedi de renverser le pouvoir en place, le président turc tient bon. Recep Tayyip Erdogan est accusé depuis des années de dérive autoritaire et islamiste.

Il règne depuis 13 ans en maître sur la Turquie. Recep Tayyip Erdogan ne s’est pas laissé déstabiliser par le putsch qui a tenté de le renverser dans la nuit de vendredi à samedi. Le président turc a alors rappelé être le seul maître du pays. Par un simple appel sur une chaîne de télévision, il a réussi à faire descendre des dizaines de milliers de Turcs dans les rues pour faire front au putsch.

Arrivé à la tête du gouvernement en 2003 sur les ruines d'une grave crise financière, Erdogan est loué par ses partisans comme l'homme du miracle économique et des réformes qui ont libéré la majorité religieuse et conservatrice du pays du joug de l'élite laïque. Mais il est désormais de plus en plus accusé de dérives autoritaires.

► La tentation de la "super-présidence"
Recep Tayyip Erdogan rêve d’instaurer une "super-présidence", alors que le pays est gouverné par une république parlementaire. Le "sultan", qui a subi un revers électoral le 7 juin 2015 en perdant la majorité aux élections législatives, réussi par une série de manœuvres à rappeler les Turcs aux urnes pour un nouveau scrutin et le 1er novembre, il prenait une éclatante revanche avec la victoire haut la main de son parti qui a retrouvé sa majorité absolue.

Désormais, Erdogan peut faire voter les réformes qui lui permettraient d’instaurer un régime présidentiel fort. Le 6 mai dernier, le Parlement a approuvé un projet de réforme dont le but est officiellement de permettre la levée de l’immunité parlementaire, mais dont l’objectif caché serait de contribuer à installer ce régime présidentiel, en faisant taire l’opposition grâce à cette arme constitutionnelle.

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La tentation des crimes ethniques
Le président turc est visé par une plainte en Allemagne qui l’accuse de crimes de guerre pour des exactions présumées commises par l'armée turque à Cizre, ville turque à majorité kurde. Selon cette plainte déposée par des proches de victimes, 178 personnes, réfugiées dans des caves, auraient été tuées par des soldats turcs alors que la ville était en proie à de violents combats. L’armée avait investi la ville pour déloger des partisans du Parti des travailleurs du Kurdistan.

La tentation islamiste
Depuis trois ans, Recep Tayyip Erdogan est critiqué pour sa dérive autocratique et islamiste. Pendant des années pourtant, son modèle de démocratie conservatrice, alliant capitalisme libéral et islam modéré, a permis de doper la croissance et sa volonté d'entrer dans l'Union européenne. Mais depuis le président a changé de discours.

En novembre dernier, Recep Tayyip Erdogan avait rappelé que "la femme est avant tout une mère", et a plus récemment critiqué le recours à la contraception et au planning familial. Sur le plan militaire, le président a relancé la guerre contre les Kurdes à l’été 2015 : ses rivaux l'accusent d'avoir ravivé ce conflit pour satisfaire ses ambitions de pouvoir absolu.

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► La tentation de la répression
Pendant plus de trois semaines en juin 2013, plus de trois millions et demi de Turcs ont exigé la démission d’Erdogan dans la rue en lui reprochant sa main de fer et une politique de plus en plus ouvertement "islamiste". Le chef du gouvernement avait alors répondu par une répression sévère et son crédit démocratique en prend un sérieux coup.

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Sa hantise des réseaux sociaux et de la presse indépendante renforce l'inquiétude de ceux qui, comme le chef de l'opposition Kemal Kiliçdaroglu, l'accusent de vouloir "rétablir le sultanat". En mai dernier, deux journalistes d’opposition ont ainsi été condamnés à cinq ans de prison, pour avoir mis au jour dans leurs articles un trafic d’armes organisé par les services secrets turcs.

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Publiquement, Recep Tayyip Erdogan s'amuse de ceux qui le traitent de "dictateur". Mais il poursuit systématiquement devant la justice tous ceux qui le contestent. Le "grand maître", comme l'appellent ses fidèles, a plusieurs fois avoué publiquement sa volonté de garder les rênes du pays jusqu'en 2023, pour célébrer le très symbolique centenaire de la République turque.

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