Twitter pointe du doigt une vidéo "manipulée" de Joe Biden postée par un pro-Trump

Le tweet de Dan Scavino pointé du doigt par Twitter pour avoir modifié une vidéo de Joe Biden
International

TROMPEUR – Une vidéo de Joe Biden appelant à réélire Donald Trump a été vue plus de six millions de fois en moins de deux jours. Elle reprenait des propos évidemment tronqués du candidat à l’investiture démocrate pour la présidentielle américaine. Des images trompeuses repérées par Twitter, qui les a pour la première fois labellisées "médias manipulés".

La campagne politique américaine bat son plein et, visiblement, tous les coups sont permis. Après s’en être pris à Michael Bloomberg, rebaptisé "Mini Mike" et sorti depuis de la campagne, le clan de Donald Trump a désormais dans son viseur "Sleepy" Joe Biden, le désormais favori des candidats démocrates à l’investiture pour la prochaine élection présidentielle américaine.

Et ce dernier a vu la vidéo de l’un de ses meetings pointée sur Twitter, labellisée "contenu manipulée". Situation inédite pour l’ancien vice-président de Barack Obama qui n’y est pourtant pour pas grand-chose. Car si c’est bien lui qui apparaît sur la vidéo, celle-ci a été postée par un proche de Donald Trump, Dan Scavino, directeur des réseaux sociaux de la Maison Blanche. 

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Une vidéo vue plus de six millions de fois

Scavino a partagé la vidéo accompagnée d’un message reprenant ce qu’il annonce comme une citation de Biden : "Nous ne pouvons que réélire @realDonaldTrump". Ce dernier s’est empressé de la reprendre à son compte et la vidéo a désormais été vue plus de six millions de fois depuis samedi soir.

Evidemment, si Joe Biden a bien prononcé cette phrase lors d’un discours de campagne, la vidéo a été coupée pour ne laisser apparaître que cette déclaration sortie de son contexte. Car la phrase entière était : "Nous ne pouvons que réélire Donald Trump si nous restons dans cette ambiance de peloton d’exécution. Ça doit être une campagne positive alors rejoignez-nous". Contenu détourné : Twitter n’a pas hésité une seule seconde à lui accoler une étiquette "médias manipulés". Celle-ci apparaît près du message dans le fil d’actu des utilisateurs qui suivent Scavino, mais pas en entrant directement sur le tweet. Le clan conservateur a immédiatement défendu Scavino et nié toute manipulation de vidéo, reconnaissant juste qu’elle n’était pas dans son intégralité.

Des critères draconiens chez Twitter, plus de laxisme chez Facebook

Twitter avait prévenu. Le réseau social ne supporterait plus que l’on poste des contenus médias (photo, vidéo, son) trafiqués avec la volonté de tromper les lecteurs. C’est donc une première pour la plateforme californienne, qui a fait entrer en application la mesure début mars. Pour cela, Twitter s’est doté d’un outil de détection pour éviter le partage "de manière trompeuse" d’informations.

Désormais, la plateforme est en mesure d’étiqueter ou de supprimer un tweet incluant un média "modifié ou fabriqué afin d’induire en erreur". 

Pour décider de l’action à mener sur un message, Twitter prend pour cela en compte différents critères :

- Le contenu est-il altéré ou fabriqué de manière trompeuse et significative ? (nouveau montage, modification de composition, de cadrage, de timing ou de séquence ; ajout ou retrait de médias, personne réelle concernée avec des informations simulées ou fabriquées)

- Le contenu est-il partagé de manière trompeuse ? (message accompagnant le tweet portant à confusion ou malentendu)

- Le contenu peut-il avoir un impact sur la sécurité publique ou causer un préjudice important à une personne ? (menaces sur l’intégrité physique d’une personne, sur sa vie privée, intimidation, risque de violence en groupe ou agitation civile…)

Selon le nombre de points souligné par le message, son contenu pourra être potentiellement étiqueté ou supprimé. "Pour que le contenu soit étiqueté ou supprimé en vertu de cette politique, nous devons avoir des raisons de croire que les médias, ou le contexte dans lequel les médias sont présentés, sont considérablement et trompeusement modifiés ou manipulés", explique Twitter.

A chaque partage du contenu jugé fautif, la mention "Médias manipulés" apparaît sous le tweet. Un lien cliquable renvoie vers une page d'explications.

Si Twitter tente de lutter contre les contenus erronés depuis longtemps et a enfin déclenché son outil pour tenter d'éradiquer le fléau, Facebook, malgré ses promesses et ses velléités de vérification de la véracité des contenus partagés, manque encore parfois de réflexe. Si la vidéo de Joe Biden a rapidement été montrée du doigt par des observateurs et des membres du clan démocrate, elle a tardé à être signalée par le réseau social aux deux milliards d'utilisateurs, pour qui rien ne semblait aller contre ses règles.

Facebook s'est finalement laissé convaincre de la faire passer par son service de fact-check. Depuis, la vidéo apparaît sur le réseau de Mark Zuckerberg avec un message d’avertissement que son contenu est partiellement faux.

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