Ukraine : à quoi joue Viktor Ianoukovitch ?

Ukraine : à quoi joue Viktor Ianoukovitch ?

DirectLCI
CRISE - Le président ukrainien a accusé jeudi l'opposition de "continuer à envenimer la situation", tout en reconnaissant que le pouvoir avait fait des "erreurs". Un jeu de dupe condamné par l'opposition, bien décidé à poursuivre sa lutte après deux mois de manifestations.

Viktor Ianoukovitch souffle le chaud et le froid. Le président ukrainien, critiqué depuis deux mois par des manifestants pro-européens pour son rapprochement avec Moscou, a surpris ses détracteurs en annonçant son "arrêt-maladie". Selon ses services, il souffrirait d'une "maladie respiratoire aiguë accompagnée d'une forte fièvre". Mais surprise, quelques heures plus tard : dans un message enregistré diffusé sur son site, le président a reconnu des "erreurs" de la part des autorités... avant d'accuser l'opposition de continuer à envenimer la situation" en appelant "les gens à se tenir debout dans le froid glacial, tout ça en raison des ambitions politiques de quelques-uns de ses dirigeants."

Un jeu étrange qui ne surprend guère le géopolitologue Pierre Verluise, directeur du site Diploweb . "Viktor Ianoukovitch prépare-t-il sa sortie du pouvoir ? Cela reste à voir, n'oublions pas qu'il a été élu officiellement, explique-t-il à metronews. Seule certitude : ces déclarations vont motiver les contestataires."

"Ianoukovitch veut nous arnaquer"

Ces derniers n'étaient que quelques dizaines au petit matin, casqués et un bâton à la main, sur la place de l'Indépendance à Kiev. Mais le coeur de la révolte pourrait très vite s'emballer : le Parlement – où Ianoukovitch a la majorité – a voté mardi soir une loi d'amnistie pour les manifestants arrêtés pendant les troubles. Problème : elle ne peut être ratifiée par le président, celui-ci s'étant fait porter pâle. Mais surtout, ses conditions – notamment l'obligation de libérer les rues et les bâtiments occupés sous 15 jours – ont été rejetées en bloc. "J'ai le sentiment que cet homme veut nous arnaquer et essais seulement de gagner du temps. Nous n'allons pas le laisser faire", a martelé l'ex-boxer Vitali Klitschko , figure de proue d'une opposition bien décidée à ne pas commettre les mêmes erreurs que ses ainés.

En 2004, Ioulia Timochenko – actuellement en prison pour "abus de pouvoir" – avait en effet été nommée Premier ministre. Avant d'être limogée quelques mois plus tard par le même Ianoukovitch. "L'opposition avait tout en main, mais n'en a pas fait grand chose. Ils se sont tiré une balle dans le pied", analyse Pierre Verluise. Sur le terrain, la détermination demeure palpable. "Notre lutte va continuer!" lançait hier encore le leader du parti nationaliste Oleg Tiagnybok à quelques centaines de manifestants transis de froid par moins vingt degrés.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter