Ukraine-Crimée : le monde est suspendu à la décision de Poutine

Ukraine-Crimée : le monde est suspendu à la décision de Poutine

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INTERNATIONAL - Alors que le président russe a obtenu l'aval de son Parlement pour une intervention armée en Crimée, voire ailleurs en Ukraine, les chancelleries s'affolent. La tension est encore montée d'un cran samedi entre Moscou et Washinhton.

Loin d'avoir désamorcé le risque de guerre civile en Ukraine, la destitution du président Viktor Ianoukovitch fait désormais planer le spectre d'un conflit impliquant le puissant voisin russe. Sur un air de guerre froide, alors qu'après l'annonce de Moscou d'une possible action militaire, le Royaume-Uni a demandé une réunion de crise du Conseil de sécurité, la deuxième en deux jours, c'est désormais Vladimir Poutine qui mène le bal.

Pour les observateurs, difficile de dire si le président russe veut vraiment en découdre, mais assurément, il a choisi de jouer avec les nerfs des Occidentaux et frappe là où ça fait mal. "Le problème est que M. Poutine peut agir beaucoup plus rapidement pour atteindre ses objectifs que Washington ou l'Europe. Et le problème pour nous est que nous ne savons pas jusqu'où il veut aller (...) L'objectif auquel nous devrions penser très rapidement est d'empêcher un scénario similaire dans d'autres régions", a expliqué à l'AFP Andy Kuchins, directeur du Programme Russie/Eurasie au Centre des études stratégiques internationales.

Le précédent georgien

Le scénario qui se met en place en Crimée évoque le précédent géorgien de 2008, quand Moscou, reconnaissant l'indépendance de deux régions pro-russes, y avait déployé des milliers de soldats. Alors que la Russie dispose de bases militaires en Crimée, un tel déploiement pourrait se faire en un rien de temps sur ce territoire du sud de l'Ukraine, russophone et plutôt russophile . Quant à savoir si l'intervention envisagée "en raison de la situation extraordinaire" pourrait aussi porter sur d'autres régions, Poutine n'en fait plus mystère. Partout, l'armée ukrainienne a été placée en état d'alerte par le président intérimaire .

Pour l'heure, la présidence russe a assuré qu'aucune décision n'avait été prise. La Chambre haute du Parlement, offusquée par les mises en garde de Barack Obama , a en tout cas laissé les coudées franches à Vladimir Poutine. D'après la Maison Blanche, Obama qui a eu un entretien téléphonique d'une heure et demie avec son homologue serait resté aussi ferme que la veille. L'un affirme que les lois internationales ont d'ores et déjà été violées, des troupes russes circulant en Crimée , l'autre qui ne supporte pas ces remontrances, estime qu'il est légitime pour son pays de défendre ses ressortissants, ainsi que ses intérêts économiques et stratégiques.

"Tout le monde est pris de court"

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon a appelé "au rétablissement immédiat du calme et au dialogue direct entre toutes les parties pour régler la crise". Sans surprise, alors que la Russie est membre permanent du Conseil de sécurité, la réunion convoquée en urgence samedi soir s'est enlisée et n'a aucune chance de déboucher sur une résolution. Côté européen, les consultations vont bon train et les ministres des Affaires étrangères ont rendez-vous lundi. L'Allemagne, la France et la Pologne qui avaient publié un communiqué conjoint faisant part de leurs préoccupations ont récidivé samedi, mais en ordre dispersé.

"Tout le monde est pris de court, tout le monde est en train d'improviser" commente François Heisbourg, de la Fondation française de recherche stratégique. Selon lui, "la tentation naturelle est de donner le bénéfice du doute à Poutine. Personne n'a intérêt à voir la situation se dégrader dans la région", surtout pas lui, dans la perspective du G8 prévu dans trois mois à Sotchi. C'est à voir, d'autant qu'un boycott américain est déjà évoqué. Dans ce bras de fer avec Washington, Poutine ne semble pas près de céder. En tout cas il fait monter la pression. Lors de son dialogue de sourds avec Obama, il a non seulement parlé d'intervenir en Crimée, mais aussi dans l'est de l'Ukraine.

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