Ukraine : "Ianoukovitch avait tout misé sur une usure de la révolte"

Ukraine : "Ianoukovitch avait tout misé sur une usure de la révolte"

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ANALYSE - Le président ukrainien s'est privé d'un rôle de premier plan dans l'issue de la crise politique, en réprimant depuis trois mois les manifestants. Explications.

Malgré sa carrure impressionnante, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch vacille. La radicalisation du mouvement a considérablement affaibli l'homme fort de Kiev, le privant chaque jour un peu plus d'un rôle de premier plan dans l'issue de la crise. Celle-ci a en effet lentement dérivé depuis trois mois d'un mouvement pro-européen à une fronde anti-Ianoukovitch.

Ce dernier avait pourtant toutes les cartes en main pour apaiser les manifestants, estime pour metronews Alexandra Goujon. "Le président ukrainien avait tout misé sur une usure de la révolte tout en ayant recours à la force pour les dissuader. C'est son erreur car en Ukraine, la répression ne suffit pas à démotiver les gens, qui se sont radicalisés ", selon cette maître de conférences à l'université de Bourgogne et spécialiste du pays.

"Ses marges de manœuvre sont très réduites"

Le vent a en effet commencé à tourner fin janvier pour Viktor Ianoukovitch, à qui la situation échappe peu à peu. Après des manifestations réprimées dans le sang – quatre morts et plus de 500 blessés -, le président a tenté de calmer le jeu en proposant à deux leaders de l'opposition, Arseni Iatseniouk et Vitali Klitschko, d'entrer au gouvernement. En vain. Et le vote d'une loi d'amnistie pour les contestataires, quelques jours plus tard, n'est pas parvenue à instaurer un vrai de dialogue. Car les manifestants réclament avant tout des élections anticipées et une remise à plat de la Constitution. Et pour cause : celle-ci a été modifiée en 2010 pour renforcer les pouvoirs du président.

Naviguant à vue sur la scène intérieure, le président ukrainien s'est également vite retrouvé dos au mur vis-à-vis de la communauté internationale. Malgré la main tendue de l'UE le 3 février et la visite de la patronne de sa diplomatie Catherine Ashton, Kiev a multiplié les gestes à l'égard de Moscou. Viktor Ianoukovitch n'a d'ailleurs pas hésité à s'afficher avec Vladimir Poutine – lequel a accordé un prêt de 15 milliards à l'Ukraine en décembre - il y a quelques jours à Sotchi. Une hérésie pour les milliers d'Ukrainiens qui campent dans la neige à Maidan.

"Aujourd'hui, ses marges de manœuvre sont très réduites", résume Alexandra Goujon, selon laquelle "toute sa stratégie est fondée sur l'idée de se maintenir au pouvoir afin de gagner les élections présidentielles en 2015." Un pari plus que risqué.

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