Ukraine : "Il s'agit d'une guerre civile"

Ukraine : "Il s'agit d'une guerre civile"

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INTERVIEW - Alors que l'escalade se poursuit en Ukraine, le pire est peut-être à venir. C'est l'avis de Georges Mink, directeur de recherche émérite au CNRS et professeur au Collège d'Europe.

Les autorités ukrainiennes évoquent une guerre. Est-ce juste une question de sémantique ou une réalité ?
C'est d'une certaine façon une réalité sur le terrain. Mais une guerre est un affrontement entre au moins deux pays. Dans le cas de l'Ukraine, même si d'anciens soldats russes participent à l'agitation, même si les services spéciaux russes fournissent des armes aux mouvements séparatistes, on n'y est pas encore. Il s'agit pour l'instant d'une guerre civile.

Les deux camps ne cessent de se renvoyer la balle. Existe-t-il une porte de sortie ?
On pourrait en imaginer une. Il faudrait que la Russie accepte la tenue des élections présidentielles du 25 mai, afin de mettre en place un pouvoir légitime. Mais la probabilité pour qu'une telle négociation aboutisse est faible, car avoir en face d'eux des personnes élues démocratiquement empêcheraient les Russes de garder le contrôle sur une partie de l'Ukraine. Donc tout est fait pour rendre la situation ingouvernable.

Vous êtes plutôt pessimiste pour la suite ?

Oui. Poutine se sert de cette situation pour s'affirmer comme un vrai leader. Le mythe russe veut que le pays ne s'est jamais laissé battre, même dans des situations extrêmes. Il y a une culture de la permanence de la Nation qui peut faire que Poutine ne cèdera pas. En face, Kiev souhaite absolument conserver son intégrité territoriale. Depuis que l'Ukraine a déclaré sa souveraineté, en 1991, le sentiment d'appartenance nationale s'est beaucoup renforcé. Et les Russes ne l'acceptent pas.

Il peut donc vraiment y avoir une guerre ?
Le pire est possible, ce scénario n'est pas à exclure. Il va y avoir plusieurs date charnières, notamment le 25 mai. Mais avant, il y a le 9 mai. C'est la date anniversaire de la victoire des Russes sur les Nazis [en 1945], et donc un symbole fort. Je me demande si quelque chose de mauvais ne se prépare pas côté russe.

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