Ukraine : un leader d'Automaïdan "crucifié" raconte son calvaire

Ukraine : un leader d'Automaïdan "crucifié" raconte son calvaire

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TORTURE – Dmytro Boulatov, un féroce opposant au président ukrainien Viktor Ianoukovitch, a raconté vendredi son terrible calvaire : celui d'un homme torturé pendant une semaine et laissé pour mort. Son cas s'ajoute aux nombreux autres survenus durant la contestation sans précédent qui secoue le pays depuis plus de deux mois.

Son histoire lugubre reflète a elle seule la tournure radicale que prend la situation chaotique en Ukraine . Dmytro Boulatov, un militant ukrainien très engagé contre le président Viktor Ianoukovitch , a raconté vendredi avoir été enlevé puis torturé par des inconnus pendant une semaine. Il a été abandonné jeudi soir dans une forêt de la banlieue de Kiev, après avoir disparu pendant huit jours. Dmytro Boulatov a ensuite réussi à atteindre un village d'où il a pu appeler au secours.

"Ils m'ont crucifié, m'ont coupé une oreille et tailladé le visage, ils m'ont roué de coups sur tout le corps. Mais, Dieu merci, je suis vivant", a déclaré l'opposant selon des images des chaînes de télévision privées Kanal 5 et 1+1. L'opposant a raconté à la BBC avoir été suspendu par les poignets. Il a ajouté ignorer quels étaient les auteurs de son enlèvement tout en précisant qu'ils "parlaient avec un accent russe".

Recherché pour organisation de troubles massifs

Agé de 35 ans, ce père de trois enfants apparaît sur les images télévisées le visage couvert de sang, des blessures sur les mains et les vêtements imprégnés de sang. Ce leader d'Automaïdan, un mouvement de manifestants en voiture qui a organisé plusieurs actions spectaculaires devant le siège de la présidence à Kiev a été enlevé le 22 janvier dans le centre de Kiev. Dmytro Boulatov ainsi que deux autres militants du mouvement figurent sur une liste de personnes recherchées par la police pour organisation de troubles massifs. Le ministère de l'Intérieur, qui a ouvert une enquête contre X pour enlèvement, a affirmé vendredi ne pas exclure une mise en scène afin de déstabiliser le gouvernement.

La chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, s'est de son côté dite "consternée" par les signes évidents de torture infligée de façon prolongée au militant. Elle a rapproché cette affaire de celle du militant Iouri Verbitski, dont le corps, portant des marques de tortures, a été retrouvé dans une forêt dans le même secteur de la banlieue de Kiev le 22 janvier. Iouri Verbitski, abandonné après avoir été violemment battu, est officiellement mort d'"hypothermie". L'un des chefs de l'opposition, Vitali Klitschko, qui a rendu visite à l'hôpital à Dmytro Boulatov, a dénoncé un "acte d'intimidation" à l'égard des opposants les plus actifs au régime.

A ce jour, 33 personnes ayant pris part aux manifestations sont portées disparues, selon l'ONG SOS Euromaïdan. Des chiffres qu'il est toutefois impossible de vérifier. Un autre chef de file de l'opposition qui participera avec Vitali Klitschko samedi à une conférence internationale à Munich, lors de laquelle les deux hommes doivent rencontrer le secrétaire d'Etat américain John Kerry, a pour sa part déclaré qu'il demanderait "une enquête internationale sur les meurtres, tortures, enlèvements et persécutions contre les journalistes". En attendant, plusieurs autres membres d'Automaïdan ont fui l'Ukraine, se disant menacés.

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