Un an après Charlottesville, le rassemblement des suprémacistes à Washington fait un flop

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WHASHINGTON - Une poignée seulement de néonazis se sont rassemblés, dimanche 12 août devant la Maison Blanche, sous surveillance policière renforcée et face à des centaines de contre-manifestants, un an après les incidents meurtriers de Charlottesville.

C’est ce qui s’appelle faire un four. Un flop. Une bérézina. Un bide. Un an après les incidents meurtriers de Charlottesville, quelques centaines de néonazis étaient attendus ce dimanche à Washington, devant la Maison Blanche. Ils avaient reçu l'autorisation pour un cortège de 400 personnes, mais seule une vingtaine de suprématistes blancs étaient présents dans l'après-midi au square Lafayette, sous surveillance policière renforcée et face à des centaines de contre-manifestants qui leur criaient "Honte à vous" et "Partez de ma ville". Pour éviter tout incident, les deux camps avaient été séparés par un important dispositif policier. Plusieurs artères avaient été interdites à la circulation.


Le rassemblement a été si peu suivi que, même si la ville avait accordé  à l'organisation informelle "Unite the Right", à l'origine du rassemblement de Charlottesville, en Virginie en 2017, un créneau allant de 17h30 à 19h30, le groupe de manifestants a quitté les lieux avant, aux environs de 18h.

Environ contre-manifestants

C'est du coup le camp d'en face qui a fait l'animation. Au point que la police a eu recours à des gaz lacrymogènes pour disperser une partie des militants "antifa", qui ont fini par quitter les lieux. Beaucoup de militants étaient venus avec des pancartes, disant "Non aux nazis, non au Ku Klux Klan, non à une Amérique fasciste". "Certains disent que la meilleure stratégie, c'est d'ignorer les suprématistes blancs, que nous leur accordons trop d'attention", dit à l'AFP Kei Pritsker, 22 ans, une volontaire de Answer Coalition, un groupe antiraciste. "Mais nous pensons vraiment que ce serait une énorme erreur de laisser des fascistes battre le pavé dans la capitale du pays, sans opposition". 


Jim, un contre-manifestant noir raconte lui avoir le sentiment que les Etats-Unis étaient plus racistes sous Donald Trump. "Ça a enhardi les mecs blancs. Quand ils marchent sur le trottoir, leur position c'est ‘tu as intérêt à bouger de mon chemin’", a-t-il dit à l'AFP. "C'était subtil, ça ne l'est plus, tu le prends en pleine face. C'est comme l'Allemagne nazie".

Les néonazis ne sont pas les bienvenusJason Kessler, l'initiateur du rassemblement

Unite the Right avait conseillé à ses partisans de ne ramener que des drapeaux américains ou confédérés, et de ne pas répondre "avec colère" aux "provocations". Les armes à feu avaient été interdites sur les lieux de la manifestation, même pour les personnes ayant des permis. Côté extrême-droite, le mouvement semble divisé. Après le rassemblement, de nombreux internautes sympathisants se sont moqués de l’organisateur de la manifestation, Jason Kessler, et ont questionné sa légitimité sur le réseau social Gab, réputé terrain d'expression de l'"alt-right", la droite dure américaine.


Jason Kessler était déjà à l'origine du rassemblement de l'an dernier, et avait demandé à défiler de nouveau à Charlottesville cette année. Mais la municipalité a refusé. La petite cité de Virginie, située à moins de 200 km au sud de Washington, ne voulait pas revivre les événements du 12 août 2017. Après une manifestation pour protester contre le projet de la municipalité de déboulonner une statue du général confédéré Robert E. Lee, des heurts avaient éclaté entre suprématistes blancs et contre-manifestants. Un sympathisant néonazi avait alors foncé en voiture dans une foule de manifestants antiracistes, tuant une jeune femme de 32 ans, Heather Heyer, et faisant 19 blessés. Samedi 11 août, une manifestation en hommage à la jeune femme s'était déroulé dans le calme dans la ville.


Dans un entretien à la radio publique NPR diffusé vendredi 10 août, Jason Kessler avait exprimé le souhait que l'événement de dimanche soit "apaisé" et pris publiquement ses distances avec la mouvance néonazie. "Je ne veux pas de néonazis à mon rassemblement", avait-il assuré, "ils ne sont pas les bienvenus". Il a néanmoins expliqué vouloir défendre les droits de la population blanche, qu'il estime "sous-représentée". L'activiste a également repris à son compte la théorie générale de l'auteur américain Charles Murray, pour qui les capacités intellectuelles sont fonction de l'origine ethnique.

Les Trump condamnent

La fille du président, Ivanka Trump, a de son côté écrit sur Twitter qu'il n'y avait "pas de place pour le suprémacisme blanc, le racisme et le néonazisme dans notre grand pays".

Elle est ainsi allée plus loin que son père, qui avait dit samedi "condamner tous les types de racisme et actes de violence", mais sans désigner l'extrême droite ou les néonazis. De nombreux observateurs reprochent à Donald Trump d'avoir favorisé, durant sa campagne et depuis sa victoire électorale, l'émergence d'un discours extrémiste pro-blanc décomplexé.

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