Un homme a-t-il développé des troubles mentaux à cause du Brexit ?

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À LA LOUPE – Information déroutante. D'après le British Medical Journal, un citoyen britannique a développé un trouble psychotique déclenché par la victoire du "Leave" lors du référendum pour le Brexit. Comment est-ce possible ?

Peut-on devenir "fou" à cause du Brexit ? Au Royaume-Uni, c'est ce que semble avoir vécu un homme âgé d'une quarantaine d'années. Le résultat du référendum favorable à une sortie de l'Union européenne a en effet déclenché chez lui le développement d'un trouble psychotique. 

Cette déroutante histoire est relatée le 12 octobre par le très sérieux British Medical Journal, une des revues de médecine les plus lues dans le monde. Le docteur Mohammad Zia Ul Haq Katshu, psychiatre du patient resté anonyme, considère qu'il s'agit du premier cas authentifié de trouble psychotique provoqué par le Brexit. Explications. 

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Que s'est-il passé ?

Les faits se déroulent en juin 2016, au moment du Brexit. Un homme d'une quarantaine d'années originaire de Nottingham découvre avec stupeur les résultats du vote pour la sortie de l'Union européenne. Le "leave" l'emporte avec 52% des suffrages, un choc pour ce fervent supporter du maintien dans l'Union européenne. "Je regardais la carte des votes en faveur du maintien. Les votes dans ma circonscription ne reflétaient en rien ma position", avait-il raconté, rapporte le Daily Mail. Rapidement, il développe des troubles étranges : les voix entendues de la radio s'adresseraient directement à lui, il se sent traqué et surveillé. "Je me souviens avoir conduit et entendu les animateurs parler de moi comme s'ils pouvaient me voir et savaient ce que je pensais." 

The Independent raconte que le patient a décrit cette expérience comme "une succession de périodes intenses où je pense à toute vitesse, je suis distrait et absorbé par mes propres pensées". Il a "l'impression d'être au centre d'une histoire qui le dépasse", est persuadé qu'on veut lui tirer dessus. S'il a déjà traversé un épisode comparable il y a 13 ans en lien avec le stress éprouvé au travail, il n'a pourtant aucun antécédent familial, de problèmes de santé mentale, d'abus d'alcool ou de substances psychoactives, ni de problèmes de santé physique, assure l'article du British Medical Journal. Il sera finalement conduit aux urgences et pris en charge par les services psychiatriques, qui assureront ses soins pendant une dizaine de jours.

Pendant son séjour, le patient europhile essayera même de creuser le sol avec ses mains pour s'échapper. "Je pensais que nous étions dans le sous-sol d'un immeuble qui allait être détruit lors d'une attaque de type 11 septembre," raconte-t-il encore, selon le Daily Mail. Grâce à sa prise en charge, l'homme a été guéri dans les quinze jours avec l'administration d'un traitement antipsychotique et ne présente plus aucun trouble aujourd'hui.

Pourquoi cet homme est-il devenu fou à cause du Brexit ?

Comment expliquer cette folie passagère ? Ce citoyen britannique a été victime de "troubles psychotiques aigus et transitoires", comme l'a expliqué le docteur Mohammad Zia Ul Haq Katshu. Une perturbation intense du comportement, dont les effets sont temporaires. Celle-ci est déclenchée par une modification soudaine du milieu dans lequel évolue le patient, en l’occurrence le climat anxiogène du au Brexit. 

L'apparition de troubles psychotiques serait due à un excès de stress social, un phénomène observé par exemple aux Etats-Unis au moment de l'élection de Donald Trump. D'après une étude publiée en 2018 par le Département de psychiatrie et des sciences du comportement de la East Tennessee State University, les jours suivant la victoire du candidat républicain ont été marqués par l'"afflux soudain aux services des urgences de patients nés à l'étranger craignant tous d'être expulsés." La raison ? "La campagne présidentielle américaine de 2016 a été une période tumultueuse, avec des messages comprenant des scénarios effrayants, une source d'inquiétude pour les personnes immigrées." 

La psychiatre américaine Dr Faith A. Aimua, auteur de l'étude de 2018, explique que "le stress social quotidien peut entraîner une libération excessive de dopamine, ce qui peut entraîner des symptômes affectifs et psychotiques négatifs." Les syndromes sont alors proches de ceux de la schizophrénie et de la paranoïa. 

Le lien avec le Brexit et les troubles psychotiques sont-ils évidents ?

Nous avons posé la question au Viviane Kovess-Masfety, professeur à l'EHESP et experte en épidémiologie psychiatrique, c'est-à-dire à l’évolution des troubles à l'échelle d'une population. Si elle ne remet pas en doute la publication de son confrère psychiatre d'outre-Manche, elle se montre plus dubitative sur le lien avec le Brexit. "Pour moi, il est impossible d'affirmer avec certitude que les troubles psychotiques de ce patient se sont développés à cause du référendum. Est-ce qu'il a déliré à cause du Brexit ou est-ce qu'il n'aurait pas plutôt développé ses symptômes délirants dans le contexte du Brexit ?" 

Auteur du livre 'N’importe qui peut-il péter un câble ?' le docteur Viviane Kovess-Masfety tient à rappeler que les troubles psychotiques ne sont jamais détachés de la réalité et de l'actualité. "Les symptômes de ce Britannique sont typiques d'un épisode psychotique et pas propres au contexte du Brexit. Les troubles ne sont jamais détachés de l'actualité ou de l'environnement immédiat. Les patients appuient toujours leurs délires sur ce qui les entourent. Il y a encore un siècle, vous pensiez que le diable pouvait venir chez vous, aujourd'hui vous avez peur du changement climatique ou, en l'occurrence, des événements politiques comme le Brexit." 

Concernant les troubles développés par des migrants aux Etats-Unis, Viviane Kovess-Masfety, amenée à se rendre régulièrement à l'Université de Columbia dans le cadre de sa profession, a pu recueillir des témoignages. "J'ai rencontré des personnes de la communauté latino totalement paniquées à l'idée d'être expulsées ou d'être séparées de leurs enfants nés en Amérique suite à l'élection de Donald Trump. Mais contrairement au patient anglais et le Brexit, ces personnes avaient développé un stress en lien direct avec un risque pour leur situation personnelle."   

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