"J'ai entendu une très faible voix de femme" : l'alpiniste Denis Urubko raconte le sauvetage d'Elisabeth Revol

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RÉCIT - Un peu plus d'un mois et demi après le très médiatique sauvetage de l'alpiniste française Elisabeth Revol, la gloire de l'alpinisme contemporain Denis Urubko est revenu sur son aventure.

En janvier dernier, le sauvetage spectaculaire de l’alpiniste française Elisabeth Revol sur le Nanga Parbat (8126 mètres), connu sous le nom de "montagne tueuse", par un groupe d’alpinistes polonais. Cette opération de secours avait permis à l’alpiniste de rester en vie in extremis alors que son compagnon d’ascension, Tomas "Tomek" Mackiewicz, avait perdu la vie tant les secours avaient tardé à venir. 


Nos confrères de l’AFP ont rencontré Denis Urubko, un des alpinistes qui a sauvé la vie d’Elisabeth Revol et son récit de ce sauvetage miraculeux est passionnant.

"Un incroyable miracle"

L’alpiniste russo-polonais Denis Urubko, très connu des "himalayistes", se trouvait, en compagnie de son partenaire de cordée polonais Adam Bielecki, dans la région en prévision d'une tentative d'ascension du K2, la deuxième plus haute montagne du monde. C'est sur réquisition de l'armée pakistanaise, après les appels de détresse lancés par Elisabeth et Tomek Mackiewisz, qu'ils se sont retrouvés héliportés jusqu’au Nanga Parbat.


À peine arrivés, les deux hommes gravissent en huit heures plus de 1000 mètres de dénivelé en pleine nuit. À l’approche de la zone où ils pensent trouver les deux alpinistes, Urubko commence à crier, espérant entendre une réponse. D’un coup, une "très faible voix de femme" se fait entendre au milieu du blizzard. "J’ai pensé : 'Oui Adam (ndlr : son partenaire de cordée), nous sommes très proches'", se rappelle-t-il. Il raconte alors avoir voir "cette femme dans la faible lumière" de sa lampe frontale.

"C'était un incroyable miracle. On ne voyait rien. Il y avait une tempête de neige. J'étais tellement heureux", se rappelle Denis Urubko. Mais quand il s’approche d’Elisabeth Revol, elle qui vient de passer deux nuits à 6000 mètres d’altitude sans tente, son état les inquiète. La veille, elle avait été obligée de placer son partenaire Tomek à l’abri dans une crevasse pour qu’il puisse attendre les secours à l’abri. En effet, Tomek souffrait de cécité des neiges et crachait du sang, un signe d'œdème, symptôme de mal aigu des montagnes.


Exposée à des vents violents et des températures largement négatives, la Française a eu des hallucinations, aux graves conséquences. Pendant cinq heures, elle a imaginé qu'elle devait enlever l'une de ses chaussures en échange d'un thé. Par conséquent, ses extrémités ont totalement gelé. En s’approchant d’elle, Denis Urubko remarque aussi qu'elle ne porte plus que des gants fins et que ses mains ont commencé à blanchir. Il lui enfile alors ses propres gants pour sauver ses doigts. Ils montent aussitôt le camp et forcent Elisabeth Revol à s'hydrater et à prendre des médicaments.

Que faire de Tomek ?

En attendant le lever du soleil pour repartir, Urubko et Bielecki discutent de l’éventualité d’aller récupérer le partenaire de cordée de la Française. "Tomek était quelque part plus haut. Nous ne savions que vaguement où il se trouvait. Avec Adam, nous ne savions pas quoi faire", se rappelle-t-il.


Alors que faire ? Aider Elisabeth Revol à redescendre, ce que son état de santé l’empêchait de faire seule ou la laisser dans la tente pendant que les deux sauveteurs tentaient désespérément de retrouver Tomek ? "Nous avons décidé de redescendre avec elle, parce que nous n'avions aucune chance d'aider Tomek mais que nous étions sûrs qu'Elisabeth aurait 100% de chances de survivre" à leurs côtés, explique-t-il.


A l'aube, après avoir décidé de laisser Tomek à son sort, les trois alpinistes sont donc repartis. Deux jours plus tôt, la Française avait déjà pris cette décision "imposée", qu'elle avait décrite comme "terrible et douloureuse", lors d'un entretien en février.

Urubko, un alpiniste hors commun

Il leur a fallu cinq heures trente pour atteindre le camp 1, d'où un hélicoptère les a évacués. Elisabeth Revol est ensuite repartie en France, via Islamabad, la capitale pakistanaise. Urubko et Bielecki, eux, sont rapidement retournés sur les pentes du K2. Mais leur expédition a vite pris fin, Bielecki se cassant le nez au cours d'une avalanche.


La chance qu’a eu Elisabeth Revol, c’est qu’elle était sauvée par Urubko, que l'alpiniste pakistanais Nazir Sabir, vainqueur du K2 et de l'Everest, qualifie de "plus remarquable himalayiste aujourd'hui". "Vous pouvez le classer parmi les cinq légendes de l'alpinisme en activité", a-t-il affirmé à l'AFP à propos de l'alpiniste de 44 ans, qui fait partie des rares hommes à avoir atteint les quatorze sommets à plus de 8000 mètres. "Il a repoussé les limites humaines à un nouveau niveau".

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