"Un vide immense" : vive émotion à San Salvador après la noyade d’un père et sa fille à la frontière mexicaine

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VAGUE D'ÉMOTION - Après que la photo des corps de deux migrants Salvadoriens, noyés en tentant de se rendre aux Etats-Unis, a fait le tour du monde, c'est dans leur ville que l'émoi est le plus fort. La grand-mère de l'enfant de deux ans, particulièrement touchée, a été reçue par le gouvernement.

Si la photo a ému le monde entier, elle a une résonance toute particulière à San Salvador. Oscar Alberto Martinez et Valeria, sa fillette de deux ans, tous les deux décédés lundi 24 juin, enlacés, en tentant de passer la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, étaient originaires de la capitale du Salvador. Sur place, leur noyade a laissé un "vide immense" dans le cœur de leurs proches, soutenus par le gouvernement qui a fait savoir qu’il allait aider la famille endeuillée. 

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"Etat de choc total"

Alors que les cadavres du père et de sa fille qui tentaient de traverser le Rio Grande sont immortalisés à jamais, la vie doit continuer pour les proches. Et tout particulièrement pour Tania Vanessa Avalos. A 21 ans, la jeune femme est désormais veuve. C’est elle qui a prévenu les autorités mexicaines quand, dimanche, son mari et de sa fille ont été emportés par le courant. Ce n’est pourtant que le lendemain qu’elle réalise le drame qui s'est déroulé sous ses yeux. Vers 10h du matin, les corps flottants de ses proches, sur le ventre, enlacés dans un tee-shirt noir et bras dessus bras-dessous dans une dernière étreinte protectrice, sont alors retrouvés par les secouristes, qui les emmènent vers la morgue sur une civière drapée de blanc. Une vision d’horreur pour Tania, qui, selon les reporters sur place, lâche un hurlement de désespoir. Et crie : "Où est mon mari ?" 

Quelques heures plus tard, elle apparaît face aux objectifs des caméras devant la morgue de Matamoros, au nord du Mexique, près de la frontière. Habillée de bleu, cheveux tressés, elle baisse les yeux et évite la presse. C’est dans cette bâtisse blanche qu’elle doit dire adieu à son conjoint et à sa fille. Une douleur insupportable à 21 ans, comme le relève l’agent d’immigration de Tamaulipas,  Enrique Maciel, auprès de l’AFP. "Elle est très jeune pour endurer autant de souffrances." Auprès de différentes agences, ce responsable mexicain décrit une jeune femme "en état de choc total", précisant qu’"affligée", elle ne parlerait pas aux journalistes. "C’est un rêve qu’ils devaient réaliser ensemble, tous les trois. Sauf qu’elle rentre endeuillée, seule avec le corps des membres de sa famille." 

Un rêve qui avait débuté à San Salvador, là où ils vivaient et travaillaient. Lui employé dans une pizzeria et gagnant le

salaire minimum, elle ayant abandonné son poste de caissière pour se dédier à sa fille. Des revenus insuffisants pour acheter un toit : ils résidaient chez la mère d'Oscar. Dans cette maison de San Martin, plusieurs médias ont retrouvé Rosa Ramiez. Auprès de Reuters, cette femme de 46 ans regrette de ne pas avoir pu empêcher son fils de partir. Face à son obstination, elle lui aurait même demandé de lui laisser Valeria. En vain. 

Elle dit désormais ressentir "un vide immense" que "personne ne peut remplir ". Alors elle s’accroche à ce qui lui reste. Vêtue de noir, tantôt agonisante, tantôt le regard ailleurs, elle s’accroche à deux des jouets préférés de sa petite-fille, qu’elle montre aux journalistes. Dans ses bras, une poupée habillée de rose et un singe en peluche. Ses proches lui ont demandé de commencer à se séparer des affaires des défunts, mais elle n'y est pas prête. Dans le reste du quartier, la stupeur à laissé place à la tristesse.Personne ne s’attendait à ça. "Ils sont partis à la recherche d’une vie meilleure puis cette tragédie s’est produite", témoigne Cecilia Rodriguez au quotidien britannique Guardian. Oscar Martinez était un client régulier de cette vendeuse de tortillas et amenait souvent sa fille avec lui.

Le gouvernement s'engage à rapatrier les deux corps

Face à l'émoi suscité, la ministre des Affaires étrangères du Salvador, Alexandra Hill, a elle aussi voulu partager sa peine. Lors d’une conférence de presse mardi, elle a tout d’abord appelé les citoyens du pays à ne pas s’aventurer sur les routes de l’immigration clandestine, trop risquées. Elle a également assuré que le gouvernement s’affairait à "générer des opportunités décentes dans le pays". Mais après ces quelques recommandations, la cheffe de la diplomatie salvadorienne a surtout tenu à recevoir la famille, dont la grand-mère de l’enfant mort noyé. Sur les réseaux sociaux, une photo d'une étreinte des deux femmes a particulièrement touché la population. La ministre a été chargée personnellement "d’assister" la famille par le président du pays, Nayib Bukele. Ce dernier s’est d'ailleurs engagé à assumer intégralement les frais de rapatriement des deux corps.

De nombreux témoignage de solidarité ont fleuri depuis sur les réseaux sociaux. Face à cette vague de soutien, une entreprise de pompes funèbres a même proposé de prendre en charge les obsèques. Selon les autorités, les corps devraient être rapatriés par avion ce jeudi. 

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