"Une aberration juridique" : 40 ans de prison requis contre une jeune femme qui a perdu son bébé au Salvador

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SALVADOR - A 21 ans, Evelyn Hernandez est jugée depuis jeudi dans un procès pour "homicide aggravé par négligence", après avoir perdu son bébé, possiblement lors d'une fausse-couche, quand elle était adolescente. Alors que le verdict est attendu lundi, un procureur de San Salvador a requis quarante ans de réclusion.

Elle est accusée d"homicide par négligence". Regard dans le vide et cernes qui creusent ses traits, Evelyn Hernandez a le visage fermé lorsque tombe la réquisition draconienne du procureur d’un tribunal salvadorien. La jeune femme risque 40 ans de prison pour meurtre pour avoir perdu son bébé en 2016, alors à peine majeure. Le verdict sera rendu ce lundi 19 août.

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La jeune femme aurait fait une fausse couche

La réquisition est encore plus élevée que sa première peine. Car celle qui  a dorénavant 21 ans a été accusée, puis condamnée, à 30 ans de prison, lors d’un procès en juillet 2017. Une décision annulée en février dernier par la Cour suprême. Dorénavant, le ministère public salvadorien a changé de chef d'inculpation: Evelyn Hernandez n'est plus accusée d'"homicide aggravé avec préméditation" mais d'"homicide aggravé par négligence". Une réquisition aberrante pour Morena Herrera, coordinatrice de l'ONG salvadorienne ACDATEE, qui milite pour la dépénalisation de l'avortement. Auprès de l’AFP, elle s’insurge : "Demander 40 ans de prison, c'est une véritable folie, c'est une aberration juridique."

Pourquoi cette Salvadorienne risque-t-elle de retourner derrière les barreaux? Les faits remontent au 6 avril 2016. Elle n’est qu’une adolescente lorsqu’elle est retrouvée sur le sol de sa salle de bain, dans une flaque de sang. D’après le récit de CNN, sa mère et son voisin la trouvent et l’emmènent aux urgences. Transférée à l'hôpital, elle est arrêtée et accusée d'homicide. Car lorsque les autorités locales arrivent chez elle, elles trouvent le nouveau-né mort dans une fosse septique.

La jeune femme, qui clame son innocence dans un pays où l’avortement est illégal en toutes circonstances, dit dans un premier temps être tombée enceinte après un viol. Mais comme l’explique son avocate à l’AFP, ces circonstances ne sont plus évoquées à la demande de la jeune femme qui habite dans un quartier contrôlé par les gangs et pourrait faire l'objet de représailles. 

Evelyn Hernandez explique désormais ne pas avoir su qu'elle était enceinte avant l'accouchement. "Si j'avais su que j'étais enceinte, j'aurais attendu le bébé avec fierté et joie", déclarait-elle devant les caméras. Du côté de la partie médico-légale, l'Institut de médecine ne conclut pas sur ce qui s'est passé pendant l'accouchement, bien que la défense soit convaincue que l'enfant est né mort-né, d’après les explications de la presse hondurienne, après qu'un docteur a déclaré que la cause du décès de l'enfant était une pneumonie par aspiration.

Au Salvador, les femmes qui avortent risquent entre 30 et 50 ans de prison

Dans ce pays d’Amérique du sud, la législation anti-IVG est l'une des plus strictes du monde. Un avortement peut ainsi mener à une peine allant de deux à huit ans de prison. Si c'est ce que prévoie le code pénal, en réalité les juges accusent souvent les femmes ayant perdu un bébé d’"homicide aggravé". D'après les explications de l'AFP, elles risquent alors 30 à 50 ans de réclusion. Et cela en va de même pour les fausses couches. Sauf que désormais, Nayib Bukele est président. Un chef d'Etat qui, comme le rappelle CNN,  a déclaré lors de sa campagne électorale que, bien qu’il soit anti-IVG, il contestait la condamnation de femmes précaire victimes de fausses couches. 

Une lueur d’espoir pour la défense. L’un des avocats confie ainsi auprès de l’AFP espérer l’acquittement. "Il n'y a aucun élément qui permette de penser qu'Evelyn avait l'intention de mettre fin à la vie du bébé."

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En mars dernier, trois Salvadoriennes, condamnées à 30 ans de prison, ont été libérées après avoir passé une dizaine d'années en prison pour des fausses couches, considérées par la justice comme des homicides avant que la Cour suprême ne juge les peine infligées "disproportionnées et immorales". Actuellement, 16 femmes sont derrière les barreaux au Salvador pour des avortements. 

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