Une députée irakienne rachète les femmes yézidies esclaves de Daech

Une députée irakienne rachète les femmes yézidies esclaves de Daech
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HÉROÏNE - Vian Dakhil, une députée irakienne, a décidé de racheter une à une les femmes yézidies enlevées par Daech et réduites en esclavage sexuel. Pour chacune d'entre elle, il lui faut débourser entre 3600 et 5400 euros.

Elle rachète, une à une, les Yézidies enlevées par Daech. Vian Dakhil, 44 ans, députée irakienne et seule élue yézidie au Parlement irakien, s'est lancée depuis deux ans dans un combat héroïque. A l'aide de sa fondation, elle a décidé de venir en aide à ces femmes kidnappées par les djihadistes de l'Etat Islamique, réduites en esclavage sexuel et poussées au suicide .

"Sauvez-nous !"

Son combat commence en 2014. Début août, Daech s'empare de la ville de Sinjar et des villages avoisinants dans le Kurdistan irakien, majoritairement peuplés de Yézidis, une minorité kurde. Une incursion qui se solde par des massacres et la disparition de 5000 femmes et enfants, selon l'ONU . Deux jours après, à la fin d'une séance au Parlement, Vian Dakhil prend la parole, en larmes.

Dans une déclaration déchirante, elle est ainsi la première à alerter sur la situation de cette minorité, dénonçant un génocide. "Cinq cents hommes yézidis ont été massacrés jusqu'à présent. Monsieur le Président, nos femmes sont capturées et vendues sur le marché aux esclaves. [...] Frères, au-delà de tous les désaccords politiques, nous voulons la solidarité humaine. Sauvez-nous !"


Persécutions et exil

Fille d'un père médecin, Vian Dakhil entame des études universitaires de biologie avant de s'engager en politique. Elle-même a connu les violences et l'exil : en 1974, sous le régime de Saddam Hussein, sa famille doit quitter le fief des Yézidis, dans le nord du pays, pour fuir les persécutions et s'établit à Erbil.

"C'était la première fois que je m'exprimais de cette manière devant le Parlement et surtout, la première fois que j'y étais écoutée", confiait-elle à Paris Match . Quelques jours plus tard, elle se rend en hélicoptère pour distribuer de la nourriture, de l'eau et évacuer des réfugiés du mont Sinjar.

Blessée dans un crash d'hélicoptère

"Il fallait absolument donner l'exemple et je ne pouvais rester les bras croisés au Parlement en pleurant, pendant que mon peuple se faisait exterminer", explique-t-elle au quotidien suisse Le Temps . L'opération vire au drame. Au moment du décollage, des réfugiés s'accrochent à l'appareil. Déséquilibré, l'hélicoptère s'écrase, tuant le pilote. La députée s'en sort avec une fracture de la jambe.

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"Sur les 600.000 Yézidis, 420.000 vivent dans des camps, dans les zones contrôlées par les Kurdes en Irak et en Syrie", indique Vian Dakhil, récompensée par le prix Anna Politkovskaïa, qui distingue les femmes défendant les victimes dans les zones de conflit. "Sur les 5840 femmes et enfants kidnappés, après les morts et les libérations contre rançon, 2200 restent encore prisonniers".

La femme la plus recherchée par Daech

Pour chaque rescapée, elle doit payer entre 3600 et 5400 euros, et "un peu moins pour les enfants". Ils sont encore 2.200 à être retenus en captivité. La députée reçoit même des appels à l'aide sur son téléphone personnel. "Certaines prisonnières me racontent les sévices endurés, cela dépasse l'imagination. Une mère qui avait tenté de s'échapper a vu son bourreau dépecer l'enfant et le manger. J'ai pu la faire libérer en payant".

Elle continue de mener son combat et de tenter de mobiliser la communauté internationale, notamment grâce aux réseaux sociaux, sur le sort des Yézidis. Au péril de sa vie. Vian Dakhil est désormais la femme la plus recherchée en Irak par l'État islamique.

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