Une loi pour "vacciner de force" les Danois a-t-elle été annulée après des manifestations ?

La Première ministre danoise Mette Frederiksen a annoncé que le projet de loi serait revu.

RÉVISION - Jugé liberticide par une partie de l'opposition et des citoyens, un projet de loi prévoyant notamment une obligation vaccinale pour des groupes de populations a été vivement critiqué. S'il n'est pas abandonné, la Première ministre a annoncé que le texte ferait l'objet de plus larges consultations.

Alors que plusieurs laboratoires se félicitent des progrès réalisés dans la recherche d'un vaccin efficace contre le Covid-19, une partie de la population redoute que la vaccination devienne obligatoire. Sur Facebook, des internautes se montrent hostiles à une telle hypothèse, et prennent ces derniers jours en exemple les Danois, qui auraient fait plier leur gouvernement en ce sens, début novembre.

"On vient d'apprendre que la loi pour la vaccination obligatoire au Danemark à été annulée !! Bravo aux Danois déterminés et motivés qui ont manifesté pendant une semaine, résultat le gouvernement a cédé", peut-on notamment lire. Une publication qui n'est que partiellement vraie.

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Un projet controversé...

Les autorités danoises voulaient-elles de rendre obligatoire un vaccin contre le Covid-19 ? Pas tout à fait. En réalité, le projet de loi controversé prévoit que le ministère de la Santé puisse disposer de "la possibilité de classer une maladie [...] comme socialement critique", indique le quotidien Jyllands-Posten. Conséquence : cela "lui octroiera une large gamme de pouvoirs, y compris la capacité d'isoler, de traiter de force et de vacciner de force des groupes de population si cela vise à enrayer la maladie contagieuse". Il ne s'agit donc pas forcément d'une vaccination obligatoire pour l'ensemble de citoyens danois.

Ce projet de loi, actuellement à l'étude, doit en théorie entrer en vigueur en mars 2021. Une date qui correspond à la levée de l'état d'urgence sanitaire instauré au début de l'épidémie. Pour les autorités, il s'agit de mettre en place un arsenal de mesures dédié à la gestion des épidémies, mais ce dispositif a suscité d'importantes tensions dans le pays. Si les manifestants n'ont pas été nombreux dans les rues, quelques milliers tout au plus lors des plus grands rassemblements, leur voix a été largement relayée, dans les médias comme dans l'opposition au gouvernement.

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Le groupe audiovisuel public DR a listé les griefs retenus contre ce projet de loi. Jugé "liberticide" par les opposants, il est aussi qualifié d'antidémocratique puisque le gouvernement pourrait en théorie décider de manière unilatérale de classer une maladie comme dangereuse (et donc de déclencher les mesures prévues) sans l'accord du Parlement. La création d'une commission spéciale est ainsi suggérée par certains partis afin de ne pas laisser au gouvernement le soin de trancher seul ces questions.

Dans le viseur des manifestants, se retrouve également la crainte d'une utilisation abusive du principe de précaution. L'abattage de millions de visons ces derniers jours a été très mal accueilli par une partie de la population, qui craint qu'à l'avenir, de telles décisions soient facilitées sans qu'elles ne soient justifiées auprès des citoyens par des preuves scientifiques.

Soulignons par ailleurs que des médecins eux-mêmes ont fait entendre leur opposition. En effet, ils se montrent réticents à devoir effectuer des actes médicaux "de force", et craignent que de telles mesures ne viennent détériorer la confiance des citoyens dans leur système de santé. Ils réclament ainsi une forme de clause de conscience, qui leur permettrait de refuser la réalisation de ces traitements ou de ces vaccinations imposées. 

...mais pas abandonné

Le gouvernement a pris la mesure des critiques formulées à l'encontre de son projet de loi. La Première ministre Mette Frederiksen, interrogée à la radio, s'est voulue rassurante : "Nous allons revenir sur la loi relative aux épidémies", a-t-elle glissé. "Nous prenons la critique au sérieux et pensons qu'un meilleur équilibre doit être trouvé." Elle a notamment indiqué que ce texte serait discuté avec les différents groupes parlementaires.

Répondant à une auditrice qui l'interrogeait en direct, Mette Frederiksen a indiqué que les inquiétudes et les reproches des manifestants avaient été entendus, sans pour autant que le projet de loi ne soit remis en question. Il doit faire l'objet de nouvelles discussions dans les semaines à venir, dans un contexte politique tendu, mais un retrait total du texte n'a pour l'heure pas été évoqué.

En résumé, il est donc abusif de dire que le Danemark prévoyait une vaccination obligatoire pour toute sa population. Si un projet de loi rend possible une telle décision (ainsi que le fait de forcer les récalcitrants à suivre un traitement ou à recevoir un vaccin), il peut aussi ne concerner que des groupes ciblés comme vulnérables. Par ailleurs, le texte n'a pour l'heure pas été retiré. La Première ministre a consenti à des aménagements et de plus amples discussions pour l'amender, sous la pression populaire et de l'opposition, sans qu'un abandon ne soit évoqué.

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