Une ONG appelle à ne pas aller chercher le corps du jeune Américain tué par la tribu des Sentinelles

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MISSION - Les autorités indiennes sont en plein dilemme : faut-il aller récupérer le corps de John Chau, tué par la tribu des Sentinelles, sur l'île de North Island ? Des scientifiques estiment que ce serait une erreur dangereuse pour la tribu.

Que faire du corps de John Chau, ce missionnaire tué par les flèches de la tribu des Sentinelles, la semaine dernière ? Le rapatrier et risquer de contaminer cette communauté qui vit en autarcie depuis des siècles ou le laisser là-bas ? Les avis divergent mais différentes associations exhortent l'Inde à laisser le corps sur l'île. 


Plusieurs anthropologues et auteurs indiens partagent d'ailleurs cette position. "Les droits et désirs des Sentinelles doivent être respectés et il n'y a rien à gagner à accentuer le conflit et les tensions, et pire, à créer une situation où davantage de mal est causé", ont-il déclaré dans un texte envoyé à la presse. Les responsables locaux ont expliqué qu'une récupération du corps, si elle survenait, pourrait prendre des semaines, avec les risques sanitaires que cela pourrait comporter. Les autorités doivent désormais trouver un moyen de rendre le corps à la famille de John Chau tout en préservant l'isolement de la tribu qui est une garantie de sa survie.

Récupérer le corps risque de mettre la vie des Sentinelles en danger

L'organisation de protection des peuples autochtones Survival International a demandé aux autorités indiennes de ne pas tenter d'opération de récupération de la dépouille de l'Américain, qui se voyait comme un missionnaire et voulait "apporter Jésus" aux Sentinelles. "Toute tentative de cet ordre est extrêmement dangereuse, à la fois pour les fonctionnaires indiens, mais également pour le peuple des Sentinelles, qui risque d'être décimé si des maladies extérieures sont introduites", a déclaré lundi dans un communiqué Stephen Corry, le directeur de Survival International. 


Si une telle tentative venait à être mise sur pied, cela provoquerait un choc des civilisations mais pas seulement : le système immunitaire des Sentinelles n'est pas adapté aux agents infectieux que pourraient leur transmettre des intrus se rendant sur l'île. "Le risque d'une épidémie mortelle de grippe, de rougeole ou d'une autre maladie extérieure est bien réel et augmente avec chaque contact de ce type", explique Stephen Corry. Au point même que la police a dû renoncer à enquêter sur eux, de peur de les contaminer. 

Alors en attendant de prendre une décision, les autorités mènent leurs recherches en scrutant l'île à bonne distance, pour éviter de provoquer un contact avec les autochtones. Ces dernières décennies, les tentatives de contact du monde extérieur se sont heurtées à l'hostilité et à un rejet violent de la part de cette communauté estimée à 150 âmes. 


Les pêcheurs qui ont illégalement emmené John Chau à North Sentinel, et donné l'alerte sur sa disparition, racontent avoir vu la tribu enterrer son corps sur la plage. L'équipe de la police indienne, qui étudie la possibilité de récupérer la dépouille de l'Américain, s'est approchée samedi à 400 mètres de la plage où John Chau a été vu pour la dernière fois, a déclaré à l'AFP Dependra Pathak, un responsable de la police régionale. 

Elle a pu observer aux jumelles des membres de cette tribu armés d'arcs et de flèches, qui vit sur cette île grande comme la moitié de Paris. "Ils nous regardaient pendant que nous les regardions", a déclaré M. Pathak. La police cherche à observer le comportement de la tribu après le décès du missionnaire américain. "Nous tentons de comprendre la psychologie du groupe", a dit M. Pathak. Le bateau est ensuite reparti pour éviter toute confrontation. 


Pour protéger cette tribu, qui est probablement la dernière dont les origines remontent au pré-néolithique, il est interdit de s'approcher à moins de 3 miles (5 kilomètres) de l'île. Les autorités veulent à tout prix éviter de déranger la peuplade qui pourrait être décimée par une maladie aussi bénigne que le rhume.

Récupérer le corps de John Chau, une mission "futile"

Dans ces conditions, le corps de Chau pourrait ne jamais être rendu à la famille. Et puis la police locale a renoncé à toute enquête. Les spécialistes des droits tribaux estiment d'ailleurs qu'aucune charge ne pourra être déposée contre les membres de la tribu, qui est probablement la dernière datant du pré-néolithique. 


Selon Pankaj Sekhsaria, spécialiste des îles Andaman et Nicobar, il serait "futile" d'essayer de récupérer le corps du jeune missionnaire. "Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de s'approcher davantage (des îles Sentinelles) car cela pourrait créer un conflit avec la communauté locale," a-t-il souligné auprès de l'AFP.

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