Une partie de l'armée se rebelle contre Maduro : que se passe-t-il au Venezuela ?

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AMÉRIQUE DU SUD - L'Assemblée constituante à peine installée, le Venezuela subit un nouvel épisode de violences avec ce que le chef de l'Etat Maduro a qualifié de "tentative d'attentat terroriste" par une partie rebelle de l'armée. Comment le pays en est-il arrivé là ? Éléments de réponse.

Plus de 110 morts en quatre mois. Une Assemblée constituante élue massivement mais violemment contestée par une opposition composite, une procureure ennemie du pouvoir démise de ses fonctions et, dans la nuit du 6 au 7 août, la rébellion de quelques militaires qui ont attaqué une caserne militaire, se réclamant d'un acte pour "rétablir l'ordre constitutionnel" dans le pays mais qualifiée d'"attaque terroriste" par le pouvoir. La dernière étape d'une triple crise – politique, économique et énergétique – qui touche depuis plus de deux ans le pays.


Tout a débuté le 29 mars quand la Cour suprême, proche du pouvoir, prive de leur immunité les députés. Cette décision apparaît comme une sanction contre le Parlement, contrôlé depuis fin 2015 par l'opposition qui réclame des élections anticipées. Le lendemain, la Cour suprême s'octroie les prérogatives du Parlement, permettant ainsi au régime de concentrer tous les pouvoirs : exécutif, armée, justice et législatif. La décision est dénoncée par l'opposition comme un "coup d'Etat" et suscite un tel tollé international que la Cour fait marche arrière.


Le 6 avril, la rue s'embrase : un homme de 19 ans est tué par balles et des dizaines d'opposants au président socialiste sont blessés à Caracas lors de heurts entre manifestants et forces de l'ordre. Le 19 avril, jour anniversaire de la révolution de 1810 qui a conduit à l'indépendance, des centaines de milliers de Vénézuéliens défilent à travers le pays. Les rassemblements se poursuivent les jours suivants, entraînant la mort d'une trentaine de personnes. Les condamnations internationales se multiplient. Le Venezuela annonce le 26 avril son retrait de l'Organisation des Etats américains (OEA), qu'il accuse d'ingérence.

L’économie du pays presque entièrement asphyxiée

Le 1er mai, Nicolas Maduro annonce la convocation d'une assemblée constituante pour remplacer la Constitution de 1999. L'opposition condamne une manœuvre pour repousser les élections. Le 15 mai, des milliers d'opposants bloquent les principales routes. Dans les jours qui suivent, Nicolas Maduro prolonge l'état d'urgence et fait déployer 2600 militaires dans l'ouest, près de la frontière colombienne. Les manifestations se succèdent, notamment à Caracas, faisant plus de 50 morts.


Dans l’un des pays les plus violents du monde (comme l’indique le Quai d’Orsay dans ses "Conseils aux voyageurs"), la tension est ainsi plus que jamais palpable. Un climat tendu, qui trouve sa genèse dans la léthargie de l’économie locale. Preuve en est le niveau du produit intérieur brut (PIB), qui s'est contracté de 13,7 % en 2016 – déjà -8 % en 2015 et -4 % en 2014 –, et qui devrait encore continuer à chuter. D’après les prévisions, une récession de 4,5 % est attendue pour l’année 2017.

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Qui est Nicolas Maduro, le président vénézulelien contesté

L’inflation devrait atteindre 1 660 % en 2017 !

Caracas dispose pourtant de réserves de pétrole parmi les plus importantes au monde, avec près de 300 milliards de barils. Mais le pays est aujourd'hui au bord de l’anémie : le baril de pétrole, bien qu’il ait légèrement augmenté ces derniers mois, vaut quasiment moitié moins qu'il y a trois ans. Et contrairement à des pays comme la Norvège ou le Qatar, qui abondent leurs fonds souverains d’argent, le pays n'a pas réalisé d'économies pour les périodes de vaches maigres.


L'inflation affiche des taux à trois, voire quatre chiffres. Pour l’année 2017, le FMI l’évalue ainsi à… 1 660% ! Dans le même temps, le déficit public atteint les 20 %. Les Vénézuéliens font par ailleurs face à de graves pénuries de produits de base (68 % des aliments et des médicaments en circulation sont concernés), les réserves de devises utilisées pour importer ayant fondu à mesure que le pays s’enfonçait dans la crise. Sans compter le manque d’infrastructures qui paralyse l’économie toute entière. 

Une opposition aux abonnés absents

Mais si l’économie est apathique, beaucoup d’adversaires du gouvernement chaviste (du nom de l’ancien président Hugo Chavez, décédé en 2013, ndlr) le sont tout autant. Ainsi, ces derniers mois, alors que l’opposition criait haut et fort sa volonté d'éjecter le président en 2017, sa stratégie est demeurée floue et peu efficace. Et ce sont surtout les divisions entre radicaux et modérés qui sont apparues au grand jour, notamment après la suspension en octobre dernnier du processus de référendum révocatoire contre Nicolas Maduro, lorsque certains ont voulu tenter un dialogue avec le gouvernement. 


Cette démarche, soutenue et organisée par le Vatican (le Vénézuela est un pays catholique, très pratiquant), avait alors été rejetée par la moitié des 30 partis de la coalition anti-gouvernement. De quoi renforcer le flou et empêcher l’adhésion de la population. Alors que 78,5 % des Vénézuéliens sont contre le pouvoir en place, selon une récente enquête d’opinion, l’exaspération ne semble profiter à personne puisque seuls 38 % des gens disent faire confiance à l’opposition. Rien de réjouissant quand on sait que la prochaine élection présidentielle doit avoir lieu en 2018. Le marasme paraît presque insurmontable.

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