Utilisation du vaccin d'AstraZeneca suspendue en Afrique du Sud : quel est le problème ?

Utilisation du vaccin d'AstraZeneca suspendue en Afrique du Sud : quel est le problème ?

PARTICULARITÉ - Le variant B 1.351, dominant en Afrique du Sud, constitue officiellement une menace pour l’efficacité du vaccin mis au point par AstraZeneca. Une mauvaise nouvelle qui s'explique, entre autres, par l'origine supposée de cette variante et ses caractéristiques.

C'est précisément ce que redoutaient les chercheurs depuis la détection de la forme mutante sud-africaine du Covid-19. Le "gros point d’interrogation" soulevé il y a quelques semaines par le professeur de médecine à l’université d’Oxford, John Bell, autour de l’efficacité vaccinale contre ce variant du virus laisse de moins en moins place au doute. Pour ce qui concerne en tout cas le sérum conçu par AstraZeneca, la menace est désormais bien sérieuse.

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Covid-19 : le défi de la vaccination

L'Afrique du Sud, qui reste le pays africain le plus touché par le virus avec près d'1,5 million de cas, a ainsi suspendu le démarrage de son programme de vaccination, qui devait avoir lieu dans les prochains jours avec un million de vaccins du laboratoire anglo-suédois, après une étude révélant une efficacité "limitée" contre le variant local du virus. Que dit-elle plus en détails ? Quelles sont les particularités du variant sud-africain qui permettent d'expliquer ce verdict de mauvais augure ?

Que dit précisément l'étude ?

Pas encore examinée par des pairs, l'étude menée par l'université de Witwatersrand à Johannesburg, qui a conduit l'Afrique du Sud à suspendre, jusqu'à nouvel ordre, sa campagne de vaccination met en lumière une "protection limitée contre les formes modérées de la maladie dues au variant sud-africain, chez les jeunes adultes".  Le communiqué indique que "les premiers résultats semblent confirmer que la mutation du virus détectée en Afrique du Sud peut se transmettre à la population déjà vaccinée". Dans le détail, il ressort que le vaccin développé par Oxford et AstraZeneca ne serait efficace qu’à 22% pour ces formes-là. Il est toutefois précisé que "des chercheurs sud-africains et britanniques ont constaté que (...) le vaccin était bien plus efficace contre la (souche) originale du coronavirus". La plus grosse interrogation reste l’efficacité de ce vaccin face aux formes les plus graves de la maladie. Car cette étude, réalisée auprès de 2000 volontaires âgés en moyenne de 31 ans, ne "permet pas de statuer" sur ce point pour l'heure. 

"Voulons-nous qu'il prévienne les maladies légères et modérées, ou (...) réduire et prévenir les maladies graves?" a toutefois commenté la vaccinologue sud-africaine Clare Cutland, interrogée par l'AFP.  L'Afrique du Sud n'atteindra peut-être pas l'immunité collective pour protéger des formes légères de la maladie, mais "ce n'est peut-être pas un problème énorme", estime-t-elle.

Avec une efficacité moyenne pour l'heure de 70%, le sérum du laboratoire anglo-suédois est pour rappel moins probant que les vaccins de Pfizer/BioNTech ou de Moderna, dont l'efficacité dépasse les 90%. Mais ce vaccin utilise une technologie plus traditionnelle, moins coûteuse et plus facile à stocker puisqu'il peut être conservé dans des réfrigérateurs et non à très basse température. Sarah Gilbert, qui dirige le développement du vaccin à l’université d’Oxford, a d'ores et déjà annoncé à la BBC qu’"une version (du vaccin Oxford/AstraZeneca) avec la séquence du variant sud-africain est en préparation" et espérée pour l’automne.

Quelle est la particularité du variant sud-africain ?

Dès janvier, Houriiyah Tegally la bio-informaticienne qui mène des travaux de surveillance en génomie, au sein de l'équipe de pointe qui a identifié le variant sud-africain soulignait la caractéristique de ce variant aussi connu sous le nom peu poétique de B 1.351 ou 501.V2. "Il a une mutation située sur la protéine Spike, une pointe permettant de pénétrer dans les cellules et d'infecter les humains. C'est cette mutation qui fait que le virus échappe davantage aux anticorps", expliquait-elle alors dans une interview à l'AFP. "Ce nouveau variant pourrait aussi présenter un plus fort risque de ré-infection", ajoutait-elle, alors qu'une étude est venue le confirmer. 

Il en est ressorti que le variant sud-africain dans son ensemble "est largement résistant aux anticorps neutralisants provoqués en réponse à une infection par des souches en circulation précédemment". Dès leur publication, ses résultats sont venus soulever des "implications sur l’efficacité des vaccins", en particulier parce que les vaccins actuels sont "principalement basés sur une réponse immunitaire à la protéine Spike".

"Quand le variant pénètre dans les cellules, les anticorps sont moins actifs pour contrer le virus. Cela veut dire qu’une partie du vaccin sera légèrement moins efficace", résume pour sa part le virologue Tulio de Oliveira, au sujet de cette caractéristique commune aux variants californien et brésilien, allant jusqu'à évoquer une nouvelle phase de la pandémie qui commence.

L'origine de cette mutation comme explication ?

Précisant que l'origine de la variante sud-africaine n'est pas "complètement claire", Houriiyah Tegally a déjà eu l'occasion d'expliquer que "la théorie la plus probable est qu'il soit venu de patients immuno-déprimés, dont le système immunitaire a plus de mal à supprimer les infections." C'est ce qui pourrait expliquer, selon elle, que "le virus se reproduit beaucoup plus chez ces patients" car "c'est ainsi qu'il peut se transmettre plus facilement." Et de préciser : "Il existe en Afrique du Sud un fort pourcentage de personnes immuno-déprimées, en particulier dans le sud-est du pays où ce variant a émergé, portant la deuxième vague."

Or, le 5 février, des chercheurs ont publié dans la revue Nature, des résultats qui mettent en évidence la façon dont se développent les variants et pourquoi ils font craindre une efficacité moindre des vaccins. "Ce phénomène de mutation peu susceptible de se produire chez les patients dont le système immunitaire fonctionne bien, met en évidence la surveillance nécessaire lors du traitement de patients immunodéprimés, où une réplication virale prolongée accroît l’opportunité pour le virus de muter", confirment-ils entre autres.

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À titre d'illustration, lorsque le variant sud-africain a été découvert en octobre, le pays recensait environ 2000 cas de contamination par jour. À la mi-janvier, ce sont près de 20.000 nouveaux cas quotidiens qui étaient enregistrés, le B 1.351 représentant aujourd’hui, près de 90 % des infections.

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