Vaccin contre le Covid-19: l'Allemagne achète-t-elle ses propres doses ?

Préparation dans un centre de vaccination contre le Covid en Allemagne.

EN SOLITAIRE - Pour contrer une éventuelle pénurie de doses de vaccin contre le coronavirus, l'Allemagne serait en négociations avec des laboratoires pour acheter ses propres stocks. Une information démentie et à nuancer.

Après les régions qui veulent acheter leurs propres vaccins, au tour des États-membres ? Selon plusieurs sources, l'Allemagne voudrait faire cavalier seul dans la grande course aux doses de vaccin contre le coronavirus. Entre autres exemples, Valérie Pécresse a ainsi affirmé ce jeudi 7 janvier sur Franceinfo que Berlin achetait "des vaccins en plus" de ceux commandés par l'Union européenne. Un argument utilisé par la présidente de la région Ile-de-France pour demander à ce qu'elle puisse en faire de même dans son fief. Mais qu'en est-il réellement ? 

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Une pratique contre ses engagements

Il faut savoir qu'en Allemagne, comme en France, la stratégie vaccinale du gouvernement est sous le feu des critiques, certains élus de l'opposition déplorant la lenteur de ce début de campagne. Car au-delà des problèmes logistiques, la population s'étonne de voir qu'elle ne dispose pas de doses en nombre. D'autant plus lorsque le produit inoculé à travers le monde entier a été développé par une entreprise locale. Un comble pour les Allemands, comme le résume le quotidien Die Welt traduit par France 24, que le "fruit de la recherche allemande soit largement disponible aux États-Unis mais demeure une denrée rare en Allemagne". Même au sein de l'exécutif, on reconnaît l'erreur. "L'UE a commandé par excès de prudence une quantité trop faible à BioNTech", a ainsi déploré l'une des membres de l'institut qui conseille Angela Merkel dans la gestion de la crise sanitaire. 

Alors pourquoi notre voisin ne va-t-il pas chercher ses propres doses ? Tout simplement car il s'est politiquement engagé à ne pas le faire. C'est la particularité des pays membres de l'Union européenne (UE). Afin de peser dans les négociations, et dans un souci d'égalité entre pays alliés, les 27 États ont en effet accepté de laisser la Commission se charger des contrats avec les laboratoires. L'institution négocie et il appartient ensuite aux gouvernements, qui sont chargés de la logistique, de leur passer commande. Pour rappel, les quantités disponibles pour chaque pays sont attribuées au prorata de leur population.

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Cette règle est connue de tous. Et écrite noir sur blanc sur le site de la Commission européenne : "Les États-membres se sont engagés, dans le cadre de la stratégie de l'UE concernant les vaccins, à ne pas mener de négociations parallèles." Reste qu'il existe une exception. Cette obligation ne s'applique qu'aux "fabricants de vaccins avec lesquels des discussions sont en cours au niveau de l'UE." Or, l'instance a signé des contrats avec six fabricants de vaccins au total : Pfizer-BioNTech, mais aussi le suédo-britannique AstraZeneca, l'américain Johnson&Johnson, le duo franco-britannique Sanofi-GSK, l'allemand CureVac et l'américain Moderna. Elle est encore en pourparlers avec l'américain Novavax. Théoriquement, il lui serait donc possible de négocier avec d'autres producteurs, comme la Russie, pour son vaccin Sputnik V. Ce produit n'a cependant jamais été homologué par l'UE.

C'est pourquoi la Chancelière a assuré à de multiples reprises qu'elle allait honorer cet engagement. Si son porte-parole a reconnu ce lundi que les questions autour de la stratégie vaccinale étaient "tout à fait compréhensibles", Steffen Seibert a également défendu la décision de Berlin de commander le vaccin par l'intermédiaire de la Commission européenne et de travailler avec les autres membres du bloc. Idem pour le ministre de la Santé, Jens Spahn, qui a assuré qu'il ne faisait pas "les choses dans le dos des autres", soulignant l'importance de la "solidarité européenne". 

Des négociations antérieures

Mais alors d'où vient la confusion ? Car Valérie Pécresse n'a pas inventé cette information de toute pièce. De fait, dès la fin décembre, la presse allemande a commencé à se faire l'écho de discussions en dehors du circuit européen. Le ministre de la Santé confiait ainsi que le pays menait "des négociations directes avec les développeurs nationaux de vaccins Covid-19 pour obtenir plus de doses". Jens Spahn avait même précisé les entreprises avec lesquelles il négociait, à savoir BioNTech, le partenaire de Pfizer, mais aussi CureVac et IDT Biologika GmbH. Cependant, le ministre rappelait bien qu'il s'agissait de discussions avec trois acteurs allemands pour assurer des doses "après celles données à l'UE". Et que leur envoi ne serait possible qu'une fois les entreprises en mesure de répondre à la demande faite par la Commission. 

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REPORTAGE - Comment l'Allemagne vaccine-t-elle?

Quant au chiffre de 30 millions communiqué par l'élue Les Républicains, il pourrait en fait faire référence a un accord convenu il y a déjà plusieurs mois de ça par l'Allemagne. Le pays avait en effet débloqué une aide totale de 375 millions d'euros pour BioNTech - l'entreprise partenaire de Pfizer - le 15 septembre dernier, après que celle-ci avait sollicité le gouvernement en juillet afin d'accélérer les capacités de fabrication et le développement du vaccin sur le marché national. Un accord dont parlait déjà la presse locale à l'époque et dont Bruxelles était parfaitement au courant, a rappelé le ministre de la Santé. Il est en effet antérieur de deux mois au contrat de la Commission avec Pfizer, signé en novembre. 

300 millions de doses supplémentaires

Ce vendredi, Ursula von der Leyen a donc tenu à rappeler que cette éventualité était totalement exclue. "Il y a un cadre, et il est légalement contraignant. Nous avons tous accepté qu'il n'y aurait pas de négociations parallèles, pas de contrats parallèles", a-t-elle insisté lors d'une conférence de presse. "Le cadre dans lequel nous travaillons est un cadre s'imposant aux 27."

Preuve que ces discussions se font via l'UE, la cheffe de la Commission a annoncé avoir conclu un nouvel accord pour l'acquisition de 300 millions de doses supplémentaires du vaccin Pfizer-BioNTech. De quoi doubler la quantité initialement commandée. Cela permettrait au groupe d'acquérir jusqu'à 600 millions de doses de ce vaccin. L'Allemagne, conformément à ce qui est prévu dans le cadre de l'accord des 27, aura le droit à plus de 18% de l'intégralité de ces doses. Soit près de 54 millions de ces nouvelles doses. 

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