Non, les États-Unis n'ont pas reconnu 4000 décès liés à la vaccination contre le Covid

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PHARMACOVIGILANCE - Des opposants à la vaccination assurent, chiffres officiels à l'appui, que les autorités sanitaires américaines ont reconnu que 4000 décès étaient liés au vaccin. C'est une mauvaise interprétation.

Chaque jour, l'équipe des Vérificateurs reçoit des questions d'internautes via une adresse mail dédiée : lesverificateurs@tf1.fr. Une lectrice de LCI.fr nous a ainsi sollicités après avoir reçu une vidéo anti-vaccin de la part d'une proche. Parmi les arguments contre la vaccination qu'on y entend, l'un est tout particulièrement alarmant. Il y aurait eu des milliers de morts liés à la vaccination aux États-Unis.

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Face caméra, dans une vidéo publiée le 11 juin sur son site, Ema Krusi, une figure de la sphère anti-vaccin en Suisse, cite "les chiffres officiels gouvernementaux". Selon elle, "4200 personnes sont décédées, au 14 mai 2021, aux États-Unis, suite à une injection Covid". "Ce sont 4200 personnes mortes, prouvées liées au vaccin par un site gouvernemental", assure-t-elle, "pas des morts où on suspecte". 

Source et chiffres authentiques, mais fausse interprétation

Un argument massue pour les opposants à la vaccination, puisque la source citée est le très officiel "Vaccine Adverse Event Reporting System". Baptisé plus simplement Vaers, c'est le programme de signalement des effets indésirables des vaccins aux États-Unis, cogéré par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) et la Food and Drug Administration (FDA). Or, selon le dernier rapport du Vaers, arrêté au 12 juin, 5.343 signalements de décès ont été rapportés parmi les personnes ayant reçu une dose de vaccin contre le coronavirus. 

Les chiffres sont donc tout à fait justes. Et le document cité, authentique. Par contre, l'interprétation des chiffres se révèle totalement fausse. Contrairement à ce qu'assure avec aplomb Ema Krusi, en aucun cas ces rapports n'indiquent de relation causale entre le vaccin et le décès. C'est même l'exact inverse. Et il est impossible de l'ignorer. Les choses sont très clairement indiquées à de multiples reprises sur le site du Vaers. Avant même de pouvoir accéder aux données, l'internaute doit en effet certifier avoir "lu et compris" le paragraphe "avertissement" mis en ligne en tête de page. Or, on y lit très clairement que "les rapports du Vaers ne peuvent être utilisés pour déterminer si un vaccin a causé ou contribué à un événement indésirable". Car ce programme fonctionne sur un système de signalement "passif". Comprendre par là que si les personnels soignants sont tenus par la loi de signaler tout incident, le programme repose aussi sur les signalements des individus lambdas. Tout le monde peut soumettre un rapport au Vaers, y compris les patients et leurs proches. Et ce très facilement, directement sur le site.

Dès lors, les comptes-rendus du Vaers peuvent "contenir des informations incomplètes, inexactes, fortuites ou invérifiables", préviennent les autorités sur le site."Les données des rapports Vaers doivent toujours être interprétées en gardant ces limites à l'esprit." 

Cette plateforme n'est donc qu'un recueil de données brutes. Et non pas un rapport de pharmacovigilance. Pour trouver un lien éventuel entre injection et décès, il faut des analyses plus poussées. Or, ces dernières n'ont pas permis de trouver un quelconque lien. Sur sa page à propos des effets indésirables signalés après la vaccination contre le coronavirus, la CDC relève qu'un "examen des informations cliniques disponibles, y compris les certificats de décès, l'autopsie et les dossiers médicaux, n'a pas établi de lien de causalité avec les vaccins COVID-19". Les autorités sanitaires ne pourraient être plus claires. Elles précisent par ailleurs que les vaccins contre le coronavirus sont "sûrs et efficaces". Et ce, malgré une "pharmacovigilance la plus intense de l'histoire des États-Unis". 

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C'est donc une fausse information qui a été diffusée en Suisse... et également en France. Comme l'a relevé le site Fact and furious, la députée Martine Wonner avait repris cette rumeur - pourtant facilement vérifiable - dans un courrier adressé au ministre de la Santé, afin de demander l'arrêt en urgence de la vaccination. C'est finalement directement dans l'hémicycle qu'Olivier Véran lui aura répondu. "Les Français ont su faire la part des choses, entre un discours qui vise à les protéger et un discours qui a totalement dérivé", lui a lancé le ministre ce 18 juin. Et de conclure : "Vous êtes battue." 

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr

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