Venise : pourquoi les paquebots de croisière ne sont pas près de quitter la Lagune

International
TOURISME - Entre 1,4 et 1,5 millions de croisiéristes débarquent chaque année à Venise, pour rester quelques heures et repartir le soir venu sur leur bateau. Bien qu'au centre du débat sur le tourisme de masse, les énormes paquebots ont encore de beaux jours devant eux dans la lagune, tant l'activité est florissante.

Des bateaux grands comme des immeubles qui rasent les murs des précieux palaces de La Serenissima. Les habitants se plaignent depuis des années du passage des paquebots de croisières au bord de la place Saint-Marc, polluant l’eau, l’air et la vue. Le débat sur la place de ces énormes navires reprend de plus belle, alors que l'un d'entre eux a causé un accident dimanche 2 juin suite à une panne de moteur. Mais, malgré la colère des Vénitiens, les autorités ne sont pas vraiment pressées de fermer l'entrée de la lagune aux bateaux de croisière. La ville, vivant principalement du tourisme, est dépendante des revenus de cette activité florissante.

28 millions de visiteurs dont 21 seulement à la journée

28 105 000 visiteurs ont foulé les pavés du centre historique de Venise* en 2017, alors qu’il ne compte plus que 53 976 habitants. Cela correspond à 77 000 visiteurs par jour. Si le chiffre est déjà considérable, il faut se rendre compte qu’il comprend 19 500 touristes dormant sur place, et 57 500 excursionnistes à la journée. Ce sont ces derniers, qui posent problème aux Vénitiens. Ces quasiment 21 millions de visiteurs journaliers par an ne font pas fonctionner les hôtels et rarement les restaurants, puisqu'ils repartent en fin d’après-midi. Ils augmentent la congestion dans les rues de la ville, mais sans apporter de réels bénéfices.


Dans l’imaginaire, ces touristes de quelques heures sont particulièrement reliés au problème des croisières. Or les chiffres tendent à montrer que les passagers des paquebots sont minoritaires face à l’afflux total d’excursionnistes. En 2017, ce sont 1,4 millions de croisiéristes qui ont transité par le port de Venise, selon l'étude annuelle de l'organisme Riposte Tourismo. Soit un peu moins de 7% de ces fameux visiteurs journaliers. 

Il reste qu’avec une moyenne de 500 bateaux de croisières faisant escale à Venise chaque année, transportant plus de 3000 passagers chacun, la Lagune ne connaît pas un jour de repos. Venise est notamment le cinquième port Européen en termes d'accueil de visiteurs, derrière de grandes métropoles comme Barcelone ou Marseille. Toujours en 2017, le gouvernement italien avait annoncé l’interdiction des navires de croisière dans le centre historique de Venise, suite au mécontentement de longue date de ses habitants. Mais il faudra encore deux ans avant de voir un début de changement. Seuls les navires pesant plus de 100.000 tonnes seront redirigés vers un port encore en construction, dans la ville voisine de Marghera.

Entre 200 et 220 millions d'euros par an de revenus pour la ville

En attendant, Venise profite de l'argent que lui apporte l'accueil des croisières. Les dépenses des passagers et des équipages à terre, ainsi que les coûts acquittés par les navires pour accoster rapportent 170 millions d’euros par an à la commune. Selon une seconde étude de Riposte Turismo pour Clia, l’Association Internationale des Compagnies de Croisières, cela correspond à 3% du PIB de Venise. Par ailleurs, dans cette ville durement touchée par le chômage, cette activité incessante pourvoit plus de 4 000 emplois et fait vivre 200 entreprises locales. 


Alors pour compenser les coûts de fonctionnement, et notamment les frais de maintien en état des bâtiments - mis à mal par le ressac incessant du passage des paquebots - Venise a décidé de mettre en place une taxe d’entrée dans la ville. Votée en février 2019 et effective depuis le 1er mai, cette taxe est de trois euros pour chaque visiteur d'un jour. Ceux qui dorment sur place en sont exemptés, puisqu'ils sont déjà soumis à la taxe de séjour. A partir de 2020, la contribution devrait augmenter à six euros, puis varier entre trois et dix euros selon la saison et la fréquentation. La taxe est normalement collectée par les transporteurs, mais des contrôles pourront être effectués, avec des amendes allant jusqu'à 450 euros.


La taxe devrait rapporter entre 30 et 50 millions d'euros supplémentaires à la Ville. Un montant plutôt encourageant, d'autant que les croisiéristes ont été encore plus nombreux en 2018, avec 502 accostages de paquebots et 1 560 579 passagers. Et que les estimations pour 2019 annoncent aussi bien.

*Ne pas confondre la Città storica (traduit centre historique) de Venise, et la commune de Venise, qui englobe également les territoires de Lido et Terraferma. Dans l'article tous les chiffres correspondent aux données disponibles pour le centre historique de Venise.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter