Ventes d'armes à l'Arabie Saoudite : le chargement d'un navire saoudien fait polémique, l'armateur dément

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Un navire doit partir demain, mercredi 29 mai, du port de Marseille Fos à destination de l'Arabie Saoudite. Si l'armateur dément tout chargement d'armes, des journalistes de Disclose expliquent le contraire. Interrogée à l'Assemblée Nationale ce jour, Florence Parly, ministre des Armées a précisé que ses services procédaient aux vérifications.

Depuis quelques semaines, la controverse sur la livraison d'armes françaises à l'Arabie Saoudite revient régulièrement dans l'actualité. Ce mardi, le média indépendant d'investigation Disclose affirme qu'un chargement de munitions devait avoir lieu sur un cargo saoudien dans le port de Marseille-Fos, dans les Bouches-du-Rhône, quinze jours après qu'un cargo saoudien a renoncé à embarquer des armes françaises pour l'Arabie saoudite dans le port du Havre. 


Le navire qui doit embarquer les armes à partir du port de Marseille-Fos est le Bahri Tabuk, un bateau battant pavillon saoudien, ayant accosté ce mardi, peu avant 17h, indique l'AFP. Pour de nombreuses ONG, il s'agit d'un sujet extrêmement sensibles car ces armes, dont des munitions pour les canons Caesar français, sont soupçonnées de pouvoir servir à tuer des civils au Yémen. Ces munitions seraient fabriquées par une filiale du groupe Nexter. 

Interrogée à l'Assemblée Nationale par Bénédicte Taurine, députée LFI de l'Ariège, Florence Parly a expliqué ce jour que ses services étaient "en train de vérifier". "Et quand bien même ce serait le cas, cela serait-il étonnant ? Non, car nous avons un partenariat avec l'Arabie Saoudite" a déclaré la ministre des Armées.


Un partenariat que la ministre a justifié par "la présence de 40.000 ressortissants français dans le golfe arabo-persique" notamment, avant d'être interrompue par le chahut provoqué dans l'hémicycle, par sa réponse. 

L'armateur dément toute livraison d'armes

Ce mardi soir, l'armateur du navire censé embarqué à son bord des munitions a toutefois démenti auprès de l'AFP "toute livraison d'armes françaises". "Le navire va charger demain (mercredi), pour le compte de (l'entreprise allemande) Siemens, des stations mobile d'électricité à usage civil, et cela représente 100% de sa marchandise", a affirmé un représentant en France de la société Shipping Agency Service, qui représente en France l'armateur saoudien Bahri: "Les informations sur un chargement d'armes ou d'explosifs sont complètement bidons". 


Il n'empêche que des parlementaires de gauche s'indignent et demandent des actes. Un député communiste des Bouches-du-Rhône, Pierre Dharréville, réclame "un moratoire" sur les livraisons d'armes à l'Arabie saoudite. Samia Ghali, sénatrice socialiste des Bouches-du-Rhône, a elle aussi demandé un moratoire sur les livraisons d'armes à l'Arabie saoudite, refusant que le port de Marseille devienne "la nouvelle route de l'arme de guerre".


Le port de Marseille-Fos "ne servira pas à charger des armes ou des munitions", a pour sa part assuré à l'AFP Laurent Pastor, un responsable syndical des dockers, promettant que le chargement serait "vérifié". Selon lui, le chargement du Bahri Tabuk a été présenté comme du "matériel civil pour un projet lié à l'énergie" et est prévu mercredi.

Le précédent du 10 mai

Le 10 mai dernier, un autre cargo saoudien de la compagnie maritime Bahri, le Bahri Yanbu, avait renoncé à accoster au port du Havre où il devait prendre livraison d'armes françaises. L'affaire avait été là aussi dévoilée par Disclose, le média indépendant qui avait également révélé mi-avril une note confidentielle de la Direction du renseignement militaire (DRM), listant les armes françaises utilisées au Yémen et la possibilité qu'elles puissent toucher des civils. A ces questions et accusations, le gouvernement français réplique invariablement que la destination et l'utilisation de ces armes sont extrêmement contrôlées et qu'elles sont utilisées à titre "défensif".


Néanmoins, trois journalistes ayant participé à cette enquête ont été récemment auditionnés par les services de renseignement français. Ces convocations ont suscité un tollé dans la profession qui dénonce une atteinte à la liberté de la presse.

"Nous respectons scrupuleusement" le traité sur le commerce des armesJean-Yves Le Drian

"Oui c'est une sale guerre, oui il faut l'arrêter, oui il faut que les Saoudiens et les Emiriens arrêtent, oui il faut être extrêmement vigilant sur les ventes d'armes à l'égard de ces pays. C'est ce que nous faisons", a déclaré mardi sur France Inter le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. "Nous respectons scrupuleusement" le traité sur le commerce des armes, a-t-il assuré.

Une source gouvernementale a également souligné que les contrats d'armements passés avec l'Arabie saoudite étaient respectés et ne violaient aucun embargo sur les armes. Mais les ONG dénoncent le manque de contrôle et l'opacité de ces transferts d'armement. 

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