Victimes civiles des frappes américaines en Irak : les chiffres faux du Pentagone

Victimes civiles des frappes américaines en Irak : les chiffres faux du Pentagone

International
DirectLCI
TRAGÉDIE – Selon une minutieuse enquête du "New York Times" publiée jeudi, les frappes de la coalition internationale emmenée par les Etats-Unis, censées viser des cibles de Daech en Irak, auraient été 31 fois plus meurtrières pour les civils que ce qu’affirme le Pentagone.

Quand l’horreur de la guerre est passée sous silence. Selon une enquête au long cours du New York Times publiée ce jeudi, les frappes de la coalition internationale emmenée par les Etats-Unis censées viser des cibles de Daech en Irak auraient été démesurémement plus meurtrières pour les civils que ce qu’affirme le Pentagone. Au moins 30 fois plus. Pour arriver à ce constat effarant, les reporters du vénérable journal d’outre-Atlantique se sont rendus, entre avril 2016 et juin 2017, sur quelque 150 sites bombardés par des avions de l’US Air Force dans le nord du pays. Moments au cours desquels ils ont recueilli les témoignages de proches de victimes, de survivants ou de responsables locaux. 


"Afin de comprendre à quel point nos évaluations sont radicalement différentes de celles des forces armées", écrit le New York Times, "prenez ceci en considération : selon les données disponibles auprès de la coalition, 89 de ses plus de 14.000 frappes aériennes en Irak ont entraîné la mort de civils, soit environ une frappe sur 157. Le taux que nous avons trouvé sur le terrain – une frappe sur cinq – est 31 fois plus élevé." 

En vidéo

Reprise de Raqqa : civils et familles de jihadistes parfois installés dans les mêmes camps

Renseignements erronés

"On est très éloigné des déclarations officielles qui, en termes de pertes civiles, suggèrent que cette guerre est la plus transparente de l’histoire récente des Etats-Unis", souligne le quotidien, rappelant que l’état-major américain s’est plusieurs fois vanté de la précision de ses frappes aériennes. "Alors que certains des décès de civils que nous avons relevés étaient le résultat d’une proximité avec une cible légitime de Daech, beaucoup d'autres apparaissent comme la conséquence de renseignements erronés ou dépassés qui confondaient civils et combattants. De ce point de vue, les Irakiens sont considérés comme coupables jusqu'à preuve de leur innocence."


D’après un communiqué du commandement des forces américaines au Moyen-Orient (Centcom) fin octobre, les avions de la coalition ont mené en trois ans 27.566 frappes contre l'organisation terroriste en Irak ainsi qu’en Syrie. Raids qui n’auraient fait "que" 786 victimes civiles selon Washington. S’il faut noter que le bilan officiel a augmenté à vitesse accélérée ces derniers mois, résultat possible d’un comptage plus fiable, les chiffres des autorités restent bien inférieurs à ceux des ONG. 


Et pour cause : le collectif de journalistes Airwars, qui compile et recoupe les informations disponibles sur le conflit irako-syrien, soutient qu’au moins 5961 civils auraient été tués à la suite de 28.380 bombardements. Une victime toutes les 35 frappes selon les données gouvernementales, plus d’une sur cinq (encore) selon le groupe indépendant qui, comme le New York Times, appelle à ce que les relevés gouvernementaux soient plus fidèles à la réalité et, surtout, à ce que l’horreur de la guerre ne soit plus passée sous silence. 

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter