Victoire du "oui" au référendum en Turquie : l'UE réclame un "consensus national"

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URGENCE - L'inquiétude en Europe monte après la courte victoire du "oui" au référendum accordant des pouvoirs accrus au président turc Recep Tayyip Erdogan. L'Union européenne appelle le gouvernement turc à rechercher le "consensus national le plus large possible".

Après sa courte victoire au référendum de dimanche sur le renforcement de ses pouvoirs, le président turc s'est dit favorable à un nouveau référendum portant sur le rétablissement de la peine de mort en Turquie. Un choix qui signifierait de fait l'abandon de la procédure d'adhésion du pays à l'UE et qui suscite des inquiétudes légitimes de la part de l'Union Européenne. 


"Au vu du résultat serré du référendum et des implications profondes des amendements constitutionnels, nous appelons (...) les autorités turques à rechercher le consensus national le plus large possible dans leur mise en œuvre", écrivent dans un communiqué commun le président de la Commission de l'UE, Jean-Claude Juncker, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, et le responsable de l'élargissement de l'UE, Johannes Hahn. L'opposition turque craint de son côté une dérive autoritaire.


"Les amendements constitutionnels, et particulièrement leur application concrète, seront évalués à la lumière des obligations de la Turquie en tant que candidate à l'Union européenne et en tant que membre du Conseil de l'Europe", affirme le communiqué. "Nous encourageons la Turquie à prendre en compte les inquiétudes et les recommandations du Conseil de l'Europe, y compris au sujet de l'état d'urgence". Le communiqué ajoute que l'UE "attend l'évaluation" des observateurs internationaux "quant aux irrégularités évoquées" par l'opposition turque dans le scrutin.

L'Union européenne a déjà signifié à plusieurs reprises son inquiétude

On le sait, le président Erdogan a placé les relations avec l'UE au cœur de la campagne, critiquant Bruxelles pour l'absence de progrès dans les discussions en vue de l'intégration de la Turquie et usant du qualificatif de "nazi" à l'égard de l'Allemagne et des Pays-Bas, qui ont interdit les meetings électoraux aux communautés turques sur leur territoire.

Le Conseil de l'Europe, qui comprend tous les 28 membres de l'Union européenne et la plupart des autres pays européens, suit l'évolution des droits de l'homme, autre sujet conflictuel avec la Turquie, l'UE ayant signifié à plusieurs reprises à Ankara son inquiétude sur les purges massives déclenchées par le président Erdogan après le coup d'État manqué de juillet. 


On pourrait également ajouter à ce chaos l'état déplorable de la liberté d'expression, extinction du pluralisme ouvrant un boulevard à Erdogan. Après la tentative de putsch du 15 juillet, des arrestations arbitraires se sont multipliées. 40 000 personnes ont été emprisonnées, notamment douze députés d’un parti pro-kurdes et 130 000 personnes ont été limogées dont beaucoup d’enseignants et de journalistes. 


La Turquie est le 151e pays sur 180 en matière de liberté de la presse, selon Reporters sans frontières.

L'Elysée prend position

Un référendum sur la peine de mort en Turquie constituerait "une rupture avec les valeurs" européennes, a de son côté affirmé lundi l'Elysée au lendemain de la victoire du président Recep Tayyip Erdogan à la consultation populaire sur un renforcement de ses pouvoirs.


"Les valeurs et les engagements pris dans le cadre du Conseil de l'Europe devraient conduire les autorités turques à conduire un dialogue libre et sincère avec toutes les composantes de la vie politique et sociale. L'organisation d'un référendum sur la peine de mort constituerait évidemment une rupture avec ces valeurs et ces engagements".

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