VIDÉO - 25 morts en un mois au Venezuela : pourquoi ce chaos au pays de Nicolas Maduro ?

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DÉSORDRE - Plongé dans une grave crise politique, économique et sociale depuis début 2016, le Venezuela connaît un vif regain de tension et de violences. 25 personnes sont mortes en un mois lors de manifestations géantes, faisant redouter un basculement vers un chaos encore plus grand.

Déjà au bord du gouffre, le Venezuela semble s’y précipiter. Alors que le pays est plongé dans une grave crise politique, économique et sociale depuis début 2016, un vif regain de tension a conduit en un mois à la mort d’au moins 25 personnes – des dizaines d’autres ont par ailleurs été blessées et environ 600 arrêtées – lors de manifestations géantes contre le pouvoir du président Nicolas Maduro. Des violences qui font redouter un basculement vers un chaos encore plus grand. 


Tout a (re)commencé le 29 mars dernier, lorsque la Cour suprême, plus haute juridiction du Venezuela réputée proche de l’exécutif, prive de leur immunité les députés vénézuéliens, les exposant dans le même temps à de possibles procès. Dès le lendemain, cette même Cour s’arroge les pouvoirs du Parlement, la seule institution à ne pas être contrôlé par les chavistes (du nom de l’ancien chef de l’Etat, Hugo Chavez, mort en 2013, ndlr) et met le feu aux poudres.


La communauté internationale s’inquiète et, jusque dans le camp de Maduro, de nombreuses voix critiquent une décision en forme de coup d’Etat. La pression monte. Face à la grogne, la Cour suprême annonce le 1er avril qu’elle renonce finalement à s'attribuer le pouvoir législatif. Elle retire également les prérogatives élargies qu’elle avait confiées au président.

Bras de fer (très) tendu entre pouvoir et opposition

Mais dans un pays au bord de l’anémie, la colère de baisse pas, loin de là. Et de fait : tandis que les habitants peinent toujours à s’approvisionner en produits alimentaires et en médicaments, que la récession atteint -13,7 % et que l’inflation s’envole (+1660 % en 2017 selon le FMI), un bras de fer s’engage entre le gouvernement et l’opposition, qui appelle les Vénézuéliens à descendre dans la rue. Objectif : obtenir des élections anticipées pour empêcher Maduro de rester en place jusqu’en décembre 2018, date du prochain scrutin.  

La situation s’envenime. Le 6 avril, un homme de 19 ans est tué par balles et des dizaines d'opposants au président Maduro sont blessés à Caracas lors de heurts entre manifestants et forces de l'ordre, dans un climat de tensions accrues et surtout croissantes. La preuve : quatre autres personnes sont tuées les jours suivants. Au même moment, Henrique Capriles, l’un des leaders de l'opposition et ancien candidat à la présidentielle en 2013, est déclaré inéligible pour 15 ans. Maduro et les siens sont accusés de museler les voix discordantes. Considéré l’un des pays les plus violents du monde (comme l’indique le Quai d’Orsay dans ses "Conseils aux voyageurs"), le Venezuela reste fidèle à sa réputation.

Le Venezuela se lève contre la dictature malgré la répression. Nous n'allons pas nous rendreFreddy Guevara, vice-président du Parlement vénézuélien

La grogne ne faiblit pas. Le 16 avril, le chef de l’Etat décide du déploiement de militaires à travers tout le pays. Son ministre de la Défense l'assure du soutien "inconditionnel" de l'armée. Trois jours plus tard, des centaines milliers de manifestants défilent à Caracas et dans de nombreuses autres villes du pays. Dans un climat extrêmement tendu, deux manifestants et un militaire sont tués en ce jour anniversaire de la révolution de 1810 qui a conduit à l’indépendance du Venezuela. 


Le pic n’est toutefois pas atteint. Les 20 et 21 avril, en effet, au moins douze autres personnes perdent la vie lors de nouvelles journées de troubles. Des drames qui poussent les manifestants à organiser une "marche du silence" en hommage à toutes les victimes de la répression. Celle-ci se déroule sans heurts, mais le calme est de courte durée. Dès lundi et mardi, quatre hommes sont à nouveau tués au cours de blocages dans l’ouest du pays, portant le nombre de morts à 25. 

En vidéo

Venezuela : des milliers de personnes participent à une marche blanche en hommage aux victimes des manifestations

Un décompte macabre qui ne semble pas près de s’arrêter puisque l’opposition a une nouvelle fois appelé à manifester jeudi et que Nicolas Maduro, bien décidé à rester accrocher à son siège, devrait continuer à réprimer. "Le Venezuela se lève contre la dictature (...) malgré la répression. Nous n'allons pas nous rendre", promet le vice-président du Parlement. Malgré de vaines tentatives pour relancer un dialogue quasi-impossible, le Venezuela semble plus que jamais se précipiter vers le fond du gouffre.

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